Perdus dans l’immensité vierge et sauvage du Canada, les sujets de Jonathan Moyal évoquent la solitude et le retour à la nature façon Into The Wild. Découverte de ce jeune photographe de 25 ans dont le travail nous a interpellé.

Peux-tu te présenter et nous raconter pourquoi tu fais de la photo, de tes débuts à aujourd’hui ?

Je m’appelle Jonathan Moyal, j’ai 25 ans et cela fait à peu près 6 ans que j’ai commencé à prendre des photos.?? J’ai toujours été un peu rêveur. Enfant je vivais en côte d’ivoire avec mes parents, mais lorsque j’ai eu 12 ans nous avons dû rentrer en France. J’ai eu de la chance d’avoir une belle enfance. Depuis l’envie de voyager ne me quitte plus. Ce n’est que 7 ans plus tard, juste après mon bac, que j’ai pu enfin partir à l’aventure en Australie.

J’avais décidé d’acheter un Nikon D3000 pour photographier mon voyage et, sans le savoir, je venais de mettre le pied dans une passion qui n’allait plus me lâcher.

L’Australie a été une révélation, en particulier sur le plan visuel. Il s’est passé quelque chose. Un jour, j’ai photographié un des paysages que je traversais. Et ce qui s’est numérisé, la photo que j’ai prise ce jour-là, je ne sais pas… Il y avait plus sur cette photo que dans la réalité. Comme si quelque chose qui existait dans le paysage, mais que je n’avais pas vu, était révélé par la photo, la lumière, le cadrage ou l’angle…. Et je crois que j’ai commencé à ce moment-là à essayer de capturer l’invisible. Je ne sais pas comment le dire autrement. C’est la quête qui m’a enchaîné à la photo dès ce moment- là.

Quelles sont tes sources d’inspiration ?

Je m’inspire beaucoup de la musique, des films et tout ce qui touche de près ou de loin aux images : photos, illustrations, peinture. J’aime tout ce qui est graphique en général. Mais on peut, je pense, chercher l’envers du décor dans tout ce qui existe : un visage, un objet, un geste, la beauté, la « laideur », tout renferme quelque chose qui le résume, qui peut même embellir des images dures.

C’est cela qui m’inspire et qui inspire les gens en général. Tous ces artistes : peintres, cinéastes, acteurs, poètes, écrivains, tous ceux qui ont le don de dévoiler aux autres quelque chose d’émouvant qui est renfermé dans la réalité. Des photographes comme Gregory Colbert, Steve McCurry, Gregory Crewdson ont ce génie. Ce sont des révélateurs. Je me sens encore loin de ces talents qui ont pour eux la technique mais pas seulement.

Je bosse, je cherche, quelquefois je suis content de certaines de mes photos qui sont plus touchantes, plus inspirées, mais ce n’est pas encore assez. Alors, je cherche toujours, je travaille.

Dans tes dernières séries, la frontière entre mise en scène et spontanéité est étroite. Est-ce voulu ? Quelle est ton intention artistique ?

Pour moi il s’agit toujours de créer l’instant. J’ai parlé de ces artistes qui saisissent le  «caché ». Eh bien, si on y pense, le sculpteur, le peintre, le musicien, l’écrivain, le photographe, tous donnent l’illusion de saisir l’instant, l’émotion, mais c’est pensé, c’est agencé. Ils ont, par le travail, formé leur sensibilité, leur « œil » ou leur « oreille ».

Il faut beaucoup de travail, beaucoup de répétitions, beaucoup de technique à un photographe avant que son œil soit suffisamment exercé pour saisir l’émotion que peut renfermer une scène. Alors, je mets en scène. D’abord pour acquérir une technique, ensuite pour m’en détacher et ne m’intéresser qu’à l’important : l’émotion. Un peut, comme un musicien qui fait ses gammes afin de se libérer de l’instrument et se concentrer sur la mélodie.

Actuellement je suis en voyage au Canada. J’ai commencé la série « Cheval Blanc » où le rapport à la nature est très présent. C’est nouveau pour moi car je tente tant bien que mal de capturer la grandeur des paysages en y incluant l’être humain, de transformer la réalité de mon voyage en une sorte d « épopée lyrique » en m’efforçant de rester sur cette ambiguïté : mise en scène contre spontanéité.?? Quand tu te retrouves dans de tels décors tu ne peux pas t’empêcher de rêver, d’imaginer, tu tentes de capturer toute cette beauté, ces lumières, ces couleurs, parfois j’essaie de les agencer un petit peu, de faire une photo qui ne dénature pas trop mais ce n’est pas facile.

Comment prépares-tu une séance photo ? Peux-tu nous expliquer tes méthodes de travail ? Quelle place laisses-tu au hasard ?

Je travaille principalement en lumière naturelle c’est à dire la lumière du jour mais aussi toutes les lumières artificielles existantes dans la scène : lampe, télé, ordinateur…

Si c’est une mise en scène, un site naturel que je veux « travailler », un cliché posé etc., ça part d’une idée qui germe spontanément où qui me travaille depuis un moment. Pour la concrétiser un peu plus cela m’arrive de mettre sur papier les idées : je fais des petits dessins ou je rêvasse tout simplement en visualisant ce que j’aimerais obtenir.

Lors du shooting, j’essaie de contrôler ma technique, évidemment. En particulier la lumière,  la pose du modèle, le cadrage, le mouvement… Mais les photos les plus réussies sont justement celles qui ont été « surprises » par un évènement imprévu : un rayon de lumière, un geste, un coup de vent.  En même temps, il faut dire que, comme je suis très pointilleux,  je recommence encore et encore jusqu’à obtenir ce que j’ai en tête au millimètre près, ce qui fait que ça laisse du temps pour que se passent des choses imprévues !

Pour le post-traitement je n’utilise que Photoshop et Camera Raw pour la colorimétrie. Et parfois, pour donner un côté surréaliste à mes photos, je pousse la retouche un peu plus loin. Pour parler des retouches, il faut savoir qu’elles font partie aujourd’hui, à mon avis, du geste créatif. Quand je l’utilise c’est que cela fait partie du résultat que je veux obtenir. C’est toujours une représentation de la réalité pour la rendre plus surprenante ou plus parlante ou bien pour exprimer un côté plus « fantastique ».

Qu’est-ce qu’une photo réussie selon toi ?

Celle dont on ne peut détourner le regard parce qu’elle nous révèle quelque chose qui parle à notre cœur, qui nous bouleverse, même de manière fugitive. Celle qui permet à  notre imaginaire de créer une histoire pleine de sens à partir d’une image. Celle qui donne envie d’agir et nous rend meilleurs.

Quels conseils peux-tu offrir à nos lecteurs débutants en photographie ?

Imitez les plus grands, encore, encore et encore pour travailler votre technique. C’est ce travail qui vous permettra de vous « trouver ».

Il faut beaucoup de travail, beaucoup de répétitions, beaucoup de technique à un photographe avant que son œil soit suffisamment exercé pour saisir l’émotion que peut renfermer une scène.

Jonathan Moyal

Toutes les photos de cet article ont été réalisées avec un Nikon D4 et les objectifs 35 mm f/1.4, 24 mm f/2.8 et 50 mm f/1.8. Retrouvez Jonathan Moyal sur son site web : www.jonathanmoyal.fr

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