Entré à l’agence AP à Moscou en 2003, Sergey Ponomarev a repris son indépendance en 2012. Il s’attache depuis à couvrir les conflits qui embrasent la planète et exposera ses derniers reportages à la galerie Iconoclastes à Paris du 9 avril au 9 juin 2015. Rencontre en vidéo.

 Depuis le conflit israélo-libanais de l’été 2006, Sergey se rend très régulièrement, et pour de longues périodes, au Moyen-Orient. Ses photographies de la révolution libyenne, de la guerre en Syrie ou des bombardements israéliens à Gaza lui ont valu de nombreuses distinctions internationales. Aujourd’hui indépendant, Sergey travaille régulièrement pour le New York Times et Paris Match. De Damas au Donbass, il témoigne des convulsions du monde, et s’attache à capter les souffles d’espoir, au milieu des ruines.

Dans une récente interview au «New-York Times», dont il est l’un des plus réguliers contributeurs, Sergey Ponomarev s’est dit, avec réelle modestie, habitué «de la routine de guerre». Mais le photographe russe ne s’est jamais accoutumé à la violence de la guerre, que pour mieux la dénoncer. C’est toute la force de son caractère, aguerri par 8 années de reportage sur tous les théâtres d’actualité depuis ses débuts professionnels au sein de l’agence «Associated Press».

Toujours incrédule, jamais gobeur de lunes, Sergey a pour seul parti pris d’être au plus près d’une humanité en totale détresse ou en plein combat pour sa survie. Il lutte en permanence contre toute tentative de manipulation, celle d’une propagande érigée en vrai système culturel à Damas comme à Homs, à Kiev ou au Donbass, aussi qualifié par lui de «Zombie-land». «La guerre en Ukraine dure depuis plus d’un an et les gens ordinaires, rappelle-t-il, ont été transformés en zombies absorbant un flot continu de propagande à toute fin de poursuivre cette guerre, de répandre la haine et de propager les lois criminelles des petits chefs de guerre en nombre croissant».

Chacun des reportages de Sergey cultive en son opportune réussite le poids des mots et le choc des images – selon l’adage cher à Paris-Match- pour donner encore plus de sens à sa démarche. Comme l’écrit Thierry Grillet : «La guerre est un temps extrême, qui porte les passions humaines à leur paroxysme. L’humanité des individus entre vie et mort, y est grattée jusqu’à l’épure.» Comme sont dépouillées, spontanément, naturellement, les images de Sergey de tout effet de surenchère esthétique, de complaisance ou de connivence masquée avec les pouvoirs en place, notamment à Damas, véritable carrefour de tous les chaos régionaux, qui ont fait plus 200 000 victimes en 3 ans. Une image vient de lui valoir le troisième prix dans la catégorie « General news » du « World Press photo contest » 2015 : à Gaza, deux frères se soutiennent, ensanglantés et totalement effondrés par la mort de leur père lors d’un bombardement israélien. Ces deux hommes sont au centre d’une composition d’une totale sobriété, qui n’exprime que plus encore le désespoir et le chagrin qui les tenaillent.

Cette posture éthique de Sergey Ponomarev lui interdit tout excès dans l’esthétisation d’une compassion qui se suffit à elle-même. Le photographe n’est pas adepte de l’effet de mode qui sévit dans la profession, pour habiller tout cliché issu du champ documentaire d’un vernis artistique, clé d’entrée dans le monde des musées et galeries, devenu le SAMU d’un photojournalisme malade de ses excès. Sergey Ponomarev est un photographe remarquable d’instinct. Il n’a nul besoin de remodeler l’évidence de ses cadrages et la densité maîtrisée de ses couleurs, encore moins de les reformater au « Photoshop » d’illusions d’artiste qui doit faire oeuvre d’art au coeur des ténèbres de notre planète en ébullition.

Sergey Ponomarev expose à la galerie Iconoclastes une très grande leçon de photographie et d’humanité. Pour mieux nous faire voir et entendre ces résonances et menaces qui traversent les frontières à coups d’éclats de paix et de guerre mêlés.

Texte par Alain Mingam, Commissaire d’exposition

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