Sa carrière de photographe de la scène musicale pop-rock, elle l’a commencée en 1995 sur un coup du destin, alors qu’elle se destinait plutôt à une carrière littéraire. Photographe autodidacte, Gaëlle a travaillé et joué des coudes pour s’imposer dans un univers très majoritairement masculin. A force d’énergie, de culot et de talent, elle est parvenue à se faire une place et un nom qui lui ont permis d’amasser l’impressionnante collection dont une partie sont rassemblées dans Rock with me.  Véritable florilège des photos de scène des plus grandes icônes du rock et de la soul, les images prennent vie sous la plume de Gaëlle.

Gaëlle, tu couvres la scène rock depuis une vingtaine d’année, et que l’on s’y intéresse de près ou de loin, on s’est déjà tous retrouvé face à une de tes images. Pourtant au départ, tu n’étais pas programmée pour devenir photographe. Quel a été le déclic ?

Tout est arrivé par un heureux hasard. L’année de mon mémoire de maîtrise, qui passionnait trois personnes, j’avais beaucoup de temps libre et envie d’explorer autre chose. J’ai décroché un stage en presse écrite au siège du Figaro et France Soir. On m’a demandé ce qu’il me ferait plaisir car on ne pouvait pas payer les stagiaires. J’ai répondu : « Aller à un concert de rock ! » On me fit alors un pass-photo pour y assister. C’est le soir du 18 Octobre 1995, pendant le show des Red Hot chili Peppers que tout a commencé.

Après les trois morceaux habituels pris dans la fosse, libérée de la contrainte, je suis allée profiter du concert. Voyant le pass-photo collé en évidence sur mon pull, une dame s’approche de moi et me dit : « nous avons besoin d’un photographe professionnel dans les coulisses ». N’osant expliquer la supercherie, j’y suis allée. Je me suis retrouvée face aux Red Hot chili Peppers  et leur disque d’or. Au moment de sortir le petit instamatic que j’avais pris avec moi pour faire illusion, le chanteur m’a pointée du doigt. J’ai coupé court à une éventuelle explication embarrassante en disant : « it’s new technology ». Les photos prises ont été repérées par Philippe Manœuvre.

J’ai un souvenir très précis de cette première image posée mais paradoxalement c’est une image live de Flea, le bassiste, en slip kangourou blanc qui est parue dans le Rock&Folk de Novembre 1995. Puis tout s’est enchaîné…

Tu photographies les stars du rock sur scène, mais aussi en dehors. Comment se passent tes relations avec elles ? Est-il encore possible d’avoir accès à l’intimité des stars ?

Lorsque l’on réalise un travail du type pochette d’album, livre, images commandées, tout est très simple. Un rapport de confiance s’installe. Avec NTM, j’étais là pour travailler donc complètement libre de mes mouvements. Je suis allée plusieurs fois chez Didier Morville ( Joe Starr) et en garde un très bon souvenir, voire un de mes meilleurs. Il s’est passé la même chose lors de la réalisation de l’ouvrage sur Ben Harper. L’artiste était disponible avec le même objectif : faire un beau projet.

Tu as réalisé un très beau portrait de David Bowie, qui nous a quitté récemment. Peux-tu nous raconter dans quelles circonstances tu avais réussi à faire cette image sans fard ?

Il s’agit du jour où il a reçu les insignes de commandeur des arts et des lettres, le 14 Octobre 1999. Je lui propose de sortir dans le petit parc tout proche pour bénéficier d’un décor plus sympathique. Sans rechigner, il accepte spontanément. Sans garde du corps, sans sécurité nous voilà partis. Assises sur un banc, deux vieilles dames donnent des graines aux pigeons et sont loin d’imaginer que cet homme au pull vert est l’une des plus grandes icônes du rock. Moi-même à l’époque, je ne réalisais pas trop. C’est un homme si humble, si simple qu’on en oublie qu’il est le Génie BOWIE. Il me serre la main et me remercie chaleureusement de cet instant d’anonymat.

Avec vingt ans d’archives de la scène rock, ton fonds d’images est d’une richesse exceptionnelle. Y-a-t-il cependant des stars que tu regrettes de na pas encore avoir pu photographier ?

Si j’avais commencé plus tôt, j’aurais rêvé travailler avec Kurt Cobain, et si j’étais née avant : avec Jacques Brel. Sérieusement, j’aimerais photographier les Daft Punk avec un casque de solex parce que l’intégral c’est tellement 2008… ça suffit !

On entend souvent dire que les photographes de concert ne peuvent photographier que les trois premières chansons, et que le positionnement dans la salle est de plus en plus contraint. Est-ce encore possible de faire preuve d’originalité avec des contraintes aussi fortes ?

Originalité, je ne sais pas, mais quoiqu’il advienne il y a autant d’yeux que de photographes. Chacun fait à sa manière, avec son style…

Qu’est-ce que l’attentat du 13 novembre 2015 au Bataclan a changé pour toi ? [NDLR : une page au début du livre rend hommage aux victimes du Bataclan]

13 Novembre : cette date résonne comme un choc, un vrai traumatisme toujours très présent. Depuis, j’y pense à chaque concert. Et je salue mes collègues qui ont eu le courage d’aller à L’Olympia le 16 Février. Pour moi, c’était trop tôt, mais pour d’autres c’était une thérapie.

Quels conseils donnerais-tu à un jeune photographe qui souhaiterait se lancer dans la photographie de concert ?

Etre patient, avoir du recul. Et s’il a la vocation : faire et faire encore des images.

Peux-tu nous dire ce qu’il y a dans ton sac photo ?

Je ne déroge pas à la règle des sacs de femme. Si vous avez 5 pages à consacrer à cette réponse : allons-y ! J’ai un tabouret pliant anti-nain de jardin, une bouteille d’eau, des mouchoirs, des barres de céréales, une chambre à air, un démonte-pneu…ah oui…. j’oubliais des zooms et des boîtiers NIKON !

Tu viens de sortir aux Editions de La Martinière un ouvrage intitulé Rock with me. Qu’as-tu voulu faire de cet ouvrage, au-delà des images ?

Lors de mes conférences j’ai pu constater que la jeune génération écoute les grandes icônes du Rock comme leurs parents, sans nécessairement connaitre leurs parcours. J’ai voulu brosser les grandes lignes de leurs carrières et à partir des concerts auxquels j’ai pu assister, dresser un portrait. Souvent des détails scéniques, certains vêtements en disent long sur la star. J’ai tenté d’être au plus proche de ce qui fait la particularité de l’artiste.

Après la sortie de ce livre, quels sont tes projets ?

J’aimerais faire la version POP de Rock with Me et pour les entreprises qui le souhaitent, faire des conférences sur « l’envers du décor » dans le Rock.

Et le mot de la fin ?

Un grand merci à NIKON.

Rendez-vous : EXPOSITION noir et blanc à THE BLACK GALLERY (4 place des Vosges – Paris) à partir du 1er mai. Plus d’informations sur http://www.theblackgallery.net/fr/

Signature de « Rock with Me » et vernissage le 21 mai  (avec la présence de Jack Daniel’s).

Gaëlle Ghesquière

Photographe autodidacte, Gaëlle a travaillé et joué des coudes pour s’imposer dans un univers très majoritairement masculin.

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