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Sophie de Fürst a participé à plus de cinq projets pour le Nikon Film Festival (NFF), en tant qu’actrice ou réalisatrice. Comédienne accomplie, elle revient sur les détails de tournage et livre son regard sur l’esprit du festival et les opportunités qui s’y sont créées.

Pouvez-vous revenir sur votre parcours ? 

Je suis originaire de Lyon, je suis montée sur Paris pour devenir comédienne. J’ai fait plusieurs écoles : le conservatoire du 7eme, le stage Jack Waltzer, l’atelier Blanche Salant et Paul Weaver. Denis Llorca et Mireille Delcroix ont été mes mentors. J’ai beaucoup appris auprès d’eux. Ma première expérience de scène fut le rôle de Juliette dans le Roméo et Juliette monté par Denis Llorca en 2007. Ensuite les choses se sont enchaînées, j’ai été repérée par un agent. J’ai pu jouer au cinéma dans « Comment c’est loin », réalisé par Orelsan. Je joue également dans la série « Profilage ». Petit à petit j’ai fait ma place, même s’il y a eu des hauts et des bas… et il y en aura encore.

Comment avez-vous découvert le Nikon Film Festival ? 

J’ai connu le festival par l’intermédiaire de David Merlin-Dufey et Olivier Riche, deux réalisateurs avec lesquels je suis très proche. Ils avaient déjà participé avec « Je suis fan de mon voisin » lors de la 3ème édition et « Je suis gravé » pour la 4ème édition. David m’a motivée pour réaliser un court-métrage il y a deux ans, « Certifié adulte », rallongé aujourd’hui à 7 minutes et actuellement en étalonnage. Il doit sortir en décembre. J’ai joué dans le court d’Olivier Riche « Je suis orientée » et dans « Je suis l’ombre de mes envies » de David Merlin-Dufey. Ces 3 films ont été tournés sur une session de 10 jours, avec la même équipe. Une expérience géniale qui m’a tout appris. Je ne me serais jamais sentie capable de réaliser quoi que ce soit auparavant. Le NFF m’a montré que c’était possible.

Vous pourriez revenir sur « Certifié Adulte », qui n’est pas sorti pour le festival ? 

A l’écriture, le projet faisait déjà 7 pages, nous savions que le format ne correspondrait pas aux exigences du Festival Nikon. Mais ça nous a donné l’élan de le tourner. C’était ma première expérience de réalisation avec un scénario et un storyboard calé au moindre millimètre, plan par plan. Ne sachant pas trop comment m’organiser et imaginer le résultat à l’avance, je préférais prévoir tout en amont, en faire plus pour assurer mes arrières. Evidemment ce fut plus compliqué que prévu.

Quel est le sujet ? 

Cela parle d’une société où chaque personne qui arrive à l’âge de 30 ans doit se rendre à l’administration pour être certifiée ou non adulte. Le thème du NFF était « Je suis un choix ». A cette époque, devenir adulte selon moi consistait à accepter de porter un boulet derrière soi tout au long de sa vie, des souvenirs ou des rancœurs avec lesquels on doit vivre. Dans le film, pour être certifié adulte, on doit choisir le boulet que l’on portera toute sa vie, au sens métaphorique : avoir constamment une chanson dans la tête ou trainer un canard derrière soi durant toute son existence. Avec deux ans de recul, je pourrais changer plein d’éléments mais je préfère le garder tel quel. Le montage a été assez long. Je ferai tout pour que ce film ait une vie.

Quelles sont les spécificités selon vous du NFF ? 

Le format de 2 minutes 20 oblige à avoir une idée et de bien la développer. Il est possible d’avoir plusieurs idées mais je crois qu’il faut alors être extrêmement doué pour toutes les traiter. Tout l’enjeu est de réussir à raconter une histoire dans un temps aussi court. Tu apprends à être précis dans ton propos pour être le plus simple et intelligible possible. La simplicité est toujours compliquée à atteindre ! A mon sens, il vaut mieux éviter le trop conceptuel. Mieux vaut ne pas s’encombrer de 10 idées en même temps. Il faut penser l’histoire en 2 minutes 20 et se concentrer sur une bonne idée. Sinon l’on risque de perdre le message et l’attention du public.

Sur le thème de cette année « Je suis une rencontre », il y a tellement de possibilités : la rencontre avec dieu, avec soi-même, l’amour, l’entraide… Nous avons tous des idées que l’on conserve dans un tiroir. Une idée de film peut parfois ne partir de rien, naître au cours d’une discussion. Il n’y a pas de recettes miracles.

En tant que réalisatrice, pouvez-vous revenir sur votre processus de création, de l’écrit à l’écran, plus spécifiquement pour le NFF ?

Tout est écrit avec un scénario de 2 pages et demi environ. Dès l’écriture, je pense aux comédiens que je souhaiterais avoir. En tant que comédienne, je sais qu’un dialogue va souvent être réinterprété par l’acteur. Je suis complètement pour le fait que les comédiens incarnent leur rôle avec leurs propres mots. Il faut bien sûr rester sur une couleur en respect avec l’histoire mais c’est une liberté que j’estime importante pour la cohérence d’un film.

Bien sûr, il faut bien prévoir en amont la faisabilité du projet, établir un planning, chercher à minimiser les décors pour les mettre à la taille de l’ambition de son projet. Je suis en autoproduction pour ma part. Il faut aussi anticiper tout le travail de post-production, l’étape la plus longue au final. Trouver un ingénieur son, un étalonneur, un monteur, tous prêts à consacrer du temps au projet. Lors du tournage, pour éviter les mauvaises surprises, mieux vaut tourner plus de plans qui ne sont pas prévus dans le scénario pour assurer par la suite au montage la compréhension de l’histoire. Ces scènes peuvent être des bouées de sauvetage.

Vous avez dit dans une interview que le film « Je suis irremplaçable » n’avait pas été bien compris. 

J’ai co-réalisé avec Juliet Lemonnier « Je suis irremplaçable » pour l’édition « Je suis un geste ». Nous avons eu sept versions différentes au montage. L’idée du film était basée sur un concept et le rendre compréhensible en 2 minutes a été le plus compliqué. A l’origine, non souhaitions parler de ces nouvelles tendances un peu bobo/bien-être : le yoga-bikram – rien à dire, j’en fais ! – ou l’acuponcture pour arrêter ceci/cela. Nous avons poussé le concept avec le mime qui remplacerait le désir en abordant les addictions : fumer – on dit souvent que c’est la gestuelle qui manque pour celui qui arrête – ou boire.

Nous en avons encore discuté avec Juliette Chaigneau et le concept a évolué pour traiter de l’amour. Lors du montage, nous nous sommes rendues compte que des plans manquaient pour bien faire passer nos intentions. Mais je suis ravie d’avoir fait ce film. Nous avons appris de nos erreurs pour la suite. Le film a quand même été bien reçu, sélectionné sur Mickrociné. Pascale Faure de Canal+  l’a beaucoup aimé. Je l’ai redécouvert récemment à l’occasion d’une diffusion dans une salle lors d’un festival et j’y ai trouvé des points positifs que je ne soupçonnais pas.

Allez-vous participer à l’édition 2017 « Je suis une rencontre » ? 

Oui, un projet est en cours mais je ne préfère pas plus m’étaler sur le sujet. Le film sera prêt avant fin janvier !

Est-ce que ce festival a pu constituer un tremplin pour la suite de votre carrière ?

Le festival m’a permis de rencontrer plein de personnes avec qui je travaille encore aujourd’hui. Thomas Scohy, Vincent de Oliveira, Arthur Dagallier et Loïc Monserrat, les deux acteurs de « Je suis une Moustache », avec qui je m’entends très bien. Il y a aussi Sophie Hubiche de Canal Plus qui s’occupe souvent de la remise des prix lors des NFF. Elle m’a recontactée pour que j’assure les voix une fois sur deux de l’émission Top of the short, le magazine du court-métrage de Canal+. Sans oublier Thibault Lomenech et Léo Cannone, tous les deux jeunes réalisateurs à l’ESRA, qui ont fait l’année dernière « Je suis en chaire », un court métrage que j’ai adoré. Ils n’ont pas été récompensés mais cela reste un gros coup de cœur. C’est l’histoire d’un vieux couple prostré devant la télé, sans dialogue, la femme écoute un air de la Callas alors que l’homme veut voir le foot. Une télécommande va les rapprocher. C’est un super traitement d’une idée simple. Du coup, ils m’ont proposé de jouer dans leur prochain court-métrage.

J’ai pu aussi recroiser Valentine Caille, une actrice-réalisatrice avec qui j’étais à l’école il y a 8 ans. Elle a réalisé « Je suis Fabienne Hostant », un film qui traite du geste dansé comme une libération mentale et physique.

Je regarde toujours l’ensemble des 50 courts métrages sélectionnés dès que j’ai un moment, le format s’y prête bien. On se retrouve toujours autour d’un dîner et d’une soirée lors du festival de Clermont-Ferrand.

Pouvez-vous nous parler de l’esprit du Nikon Film Festival ?

Le NFF a été un révélateur pour moi. Je n’ai jamais joué l’hypocrite à faire ami/ami avec tout le monde pour l’apparence avec des plans de carrières cachés derrière la tête. C’est l’esprit du festival qui m’a attirée et m’a convaincue dans mes choix : travailler avec des personnes de la même génération que moi, pouvoir se marrer en parlant la même langue, évoluer ensemble.

Alexandre Dino de Nikon, qui coordonne le NFF, est une personne extrêmement sympathique, très humaine. Il travaille pour les bonnes raisons. Il suit les différents participants année après année. Il y aura toujours des gens pour critiquer le fait que les courts soient estampillés Nikon. Mais au contraire, c’est une réelle opportunité pour tous. Personne ne demande de faire un placement produit dans les films.

Surtout personne ne se tire dans les pattes, au contraire l’esprit est très bienveillant. On est heureux quand l’un gagne mais ce n’est pas le but. Les 50 sélectionnés ont tous gagné d’une certaine façon. Ce festival permet d’expérimenter. Mon cœur de métier est d’être comédienne. Mais j’ai pu prendre du plaisir à écrire un scénario, à découvrir toutes les étapes de réalisation d’un film. C’est toujours enrichissant de passer des deux côtés de la caméra.

Pouvez-vous revenir sur le tournage de « Je suis orientée » de Olivier Riche, nominé pour le Grand Prix en 2015 ?

C’est l’histoire d’une adolescente, Léna, qui est passionnée par la photo et lors d’un conseil d’orientation, la conseillère cherche à l’orienter vers un métier porteur et non passion. Beaucoup de jeunes sont mal conseillés dans leur orientation et font une croix sur leur rêve. Léna clôt le film par « Je veux être photographe ». Elle a la chance d’avoir assez de caractère pour persister dans son choix et la conseillère se rend compte de sa détermination.

En tant que comédienne, je ne trouve pas inintéressant que quelqu’un cherche à te déstabiliser dans ton désir de te lancer dans un métier artistique. Le milieu est tellement exigeant qu’il faut être sûr de son choix. On m’a souvent demandé comment je pourrai assurer mon avenir en tant que comédienne, le fait de trouver un job à côté pour vivre. Au final, en persistant, je me suis rendue compte que ce n’était pas une lubie. Quand je me suis lancée, je savais à quoi m’attendre, aux difficultés que je pourrais rencontrer, j’étais préparée. Si l’on m’avait toujours confortée dans mon choix d’être comédienne, sans me mettre des bâtons dans les roues, je serai arrivée dans ce milieu en me prenant la raclée de ma vie. Quelque part, les contradicteurs, qu’ils soient de ta famille ou de parfaits inconnus, forgent ta personnalité.

Léna, la nièce d’Olivier, doit avoir 14 ans et est déjà une excellente comédienne, elle savait exactement ce qu’elle devait faire. Olivier nous a laissé beaucoup de liberté dans l’interprétation pour porter le sujet. Le scénario était bien établi, il savait où il voulait faire ses ruptures. Il y avait une super équipe technique, nous l’avons tourné en un jour.

Le jury a longuement hésité à lui octroyer le Prix. Ironiquement, c’était la première fois qu’Olivier et David présentaient un projet chacun de leur côté. C’est David qui a remporté le prix mais étant donné que chacun s’est investi dans le projet de l’autre, ils ont gagné tous les deux.

Comment s’est passé le tournage de « Je suis l’ombre de mes envies » de David Merlin-Dufey (2015), le Grand Prix Nikon Film Festival 

C’est une idée de David. Le plus compliqué a été de gérer le hibou. David avait rencontré le dresseur à l’occasion d’un mariage. Il faut savoir que le hibou était très imposant, c’était assez impressionnant de jouer à côté. Il n’était pas du tout habitué à tourner donc il a fallu le dresser pour les besoins du film. Il était toujours posé sur la main du dresseur qui se trouvait derrière moi. Tout l’enjeu était de tourner la tête en même temps, ce qui a nécessité des vingtaines de prises sur chaque scène. C’était presque de l’acharnement !

On dit que tourner avec un animal est toujours périlleux. 

Oui mais l’expérience s’est révélée géniale. Je n’ai jamais joué avec mon partenaire, mis à part pour la scène du lit où l’on est côte à côte. Je jouais devant des souris mortes ou des bouts de pâtes pour attirer le regard du hibou et ça ne marchait pas toujours. Ils ont tourné les contre champs avec Olivier le lendemain. Tout s’est fait au montage par la suite.

Quelle est la signification de ce film ? 

Il s’agit d’un homme qui a plein d’envies mais qui se fait complètement dresser par sa femme au point de lui obéir pour tout et de ne devenir plus que l’ombre de ses envies. Dès qu’elle part, il essaie d’allumer une cigarette mais le hibou est là pour lui rappeler l’interdit et il obtempère. Au final le message du film est d’essayer d’accomplir ses désirs sans avoir peur du regard de l’autre. David l’a traité avec un couple mais cela aurait pu être fait entre deux amis, un père et un fils, deux inconnus.

On pourrait lire le film comme si vous n’existiez pas, comme si vous étiez une projection de l’esprit de l’homme. 

Tout à fait. On peut se brimer tout seul. Il faut prendre sa vie en main. A la fin dans le film, l’homme essaie de quitter la femme mais il n’y arrive même plus.

Le fait que vous n’ayez pas une ligne de dialogue était convenu à l’avance ? 

Oui et c’est aussi ce qui m’intéressait : tout transmettre par le regard. Dans la vie, je suis quelqu’un qui parle beaucoup, je suis vue comme très dynamique. On m’a souvent proposé des rôles dans ce stéréotype, c’est moins le cas aujourd’hui. C’est ce contre-pied qui m’a séduite.

Comment s’est passé le tournage de « Je suis l’ombre d’une flamme » de David Merlin-Dufey et Oliver Riche (2016) ?

Ce film s’est décidé au dernier moment. David et Olivier en ont eu l’idée à la mi-décembre 2015 et le tournage s’est fait lors du nouvel an. Plutôt que de faire la fête, nous avons tourné un film. Toute l’équipe habituelle était au rendez-vous : l’éclairage, la décoration, le son. Ce n’est pas pour rien que l’on retrouve une patte, un style sur tous les projets d’Autour d’un Film. Ce film s’est fait à l’envie. Il parle de l’évolution avec tous les bénéfices et les excès qu’elle engendre. Ici c’est illustré par le feu : il y a 100 000 ans, on pouvait passer une nuit pour obtenir une étincelle avec deux silex et aujourd’hui on peut brûler sa maison en faisant des crêpes. C’est un peu l’arroseur/arrosé. A force de combattre la nature, elle se retourne contre soi.

Comment cela s’est passé avec Thomas Scohy pour « Je suis fortune guru » (2015) ?

J’ai rencontré Thomas Scohy à Clermont-Ferrand. Il avait vu « Je suis l’ombre de mes envies » et j’avais vu son film « Wilson ». C’est quelqu’un de très talentueux, solaire, motivant. Il m’a proposé de participer à son court « Je suis fortune guru ». Thomas est parti en Inde et il a remarqué ce hochement de tête qui peut signifier oui, non ou peut-être. Difficile de s’y retrouver si l’on n’est pas initié ! C’était marrant de réutiliser cet élément lors d’une consultation donné par un guru à un couple d’occidentaux désespérés. Je me suis très bien entendue avec mon partenaire Thibaut Gonzales, qui tourne aussi dans la webserie Le Meufisme.

Pouvez-vous nous parler de « Moon » de Vincent de Oliveira (Prix Canal+) ? 

Vincent de Oliveira est une superbe rencontre. Son premier roman « la grande baleine » est sorti cette année. Moon parle de deux frères, dont l’un est vraiment usé par le monde dans lequel il vit et qui cherche à s’en échapper par tous les moyens. Il a alors pour projet de construire une fusée. Je joue le rôle de l’amie de l’autre frère.

Après avoir gagné le prix Canal Plus avec « Je Suis une moustache » au NFF, Canal Plus a donné le budget pour qu’il réalise ce second court qui a beaucoup évolué dans l’écriture et le montage. Il a été présenté cette année lors de la remise de prix du Nikon Film Festival 6ème édition et sera visible bientôt en salle.

Quels sont vos projets ?

Du 30/11 au 10/12 au théâtre de Belleville à 19h15, je joue un seul en scène « Je préfère être un météore » , écrit et mis en scène par Romain Cottard et Paul Jeanson. Ce n’est pas un one woman show, un spectacle de stand up où j’enchaîne les blagues. C’est humoristique mais pas que. L’humour peut se retrouver dans les silences. Le public est mon partenaire, je joue avec lui. Je donne une conférence autour de « la grande question, celle que tout le monde se pose ». C’est vraiment mon projet de cœur.

Il a été créé pour le festival Mise en Capsule  il y a trois ans et durait 30 minutes. Je le porte depuis longtemps et l’ai joué dans des bars, il a bien fonctionné. Aujourd’hui le spectacle est allongé à 1h10. Le personnage que j’interprète me ressemble beaucoup mais il a bien sûr toute une part de fiction, j’ai très hâte de voir l’accueil qu’il va recevoir. J’y crois beaucoup.

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