Alexander Landau est le photographe culinaire le plus expérimenté sur Rio de Janeiro. Il nous accueille dans son studio pour parler lumière, saveurs, techniques. Retour sur 20 ans de carrière, entre éditorial, whorkshop, et publicité, son « trépied ». 

Pourriez-vous revenir sur votre parcours ?

Je ne viens pas d’une famille aisée. A l’origine, je souhaitais être musicien, puis j’ai intégré la fac de journalisme, ne sachant trop quoi faire, c’est là que j’ai découvert la photographie. Mais je n’aurais jamais imaginé faire carrière dans la photographie culinaire. Mes parents non plus d’ailleurs ! J’ai travaillé à la Banque du brésil comme fonctionnaire de 1984 à 1998. J’ai débuté en parallèle ma carrière de photographe en 1988 avec les concerts, les mariages, sous Nikon FM2, encore sous argentique… Je suis donc resté dix ans avec un double statut. Vivre de la photographie au Brésil n’est pas facile. J’ai fini par démissionner de la banque en 1998, après quelques mois de réflexion suite à la mort de mon père.

J’ai commencé à travailler pour la revue Casa e Jardim, pour photographier l’architecture et la décoration. J’achetais aussi les revues de gastronomie, notamment Gula, la première grande revue gastronomique au Brésil. Sans trop y croire, je leur ai envoyé quelques exemples de mes tirages d’architectures, accompagnés de trois photos de plats amateurs. Par chance, ils ont apprécié mon approche de la lumière et j’ai publié ma première photo chez eux en 1997. Je ne connaissais rien encore à la gastronomie ! J’ai commencé à travailler avec Danusia Barbara, une institution du journalisme gastronomique carioca. J’ai aussi travaillé pour la revue Prazeres da Mesa, ainsi que pour Alta Gastronomia.

Culinaire Nikon Alexander Landau Bresil

Comment définiriez-vous votre style ? 

Hélène Dujardin, l’auteur de l’ouvrage de référence « Plate to Pixel », est chef et photographe. Elle est dans une démarche éditoriale, avec des exigences sur la lumière naturelle. Il n’y a pas de compromis possible. De mon côté, j’arrive à m’adapter aux exigences de mes clients. Je peux très bien faire des photos pour des chaines de Fast-Food, ce qui me permet de vivre et de me consacrer à un travail plus personnel.

Justement, comment s’organise votre travail de photographe culinaire ? 

Il s’inscrit dans 3 univers. Le premier est commercial : emballages, menus, présentation produits… Sadia est le leader de l’industrie agroalimentaire en Amérique Latine. Ils ont engagé 3 photographes, l’un à New-York, un autre à Paris, et moi-même à Rio. Au Brésil, c’est Sao Paulo la place forte pour toute l’industrie agro-alimentaire, je suis d’autant plus content qu’ils m’aient choisi.

Culinaire Nikon Alexander Landau Bresil

Mon autre univers est celui de l’éditorial : les photographies pour les revues, les livres. J’ai 47 ans aujourd’hui, je suis père de deux filles. J’avoue que toute cette partie éditoriale de mon travail que j’apprécie vraiment, n’est pas suffisamment rémunérée. Mais en tant que photographe culinaire, c’est là que je peux exprimer pleinement ma créativité, mon travail d’auteur.

Le troisième univers est celui de l’éducation, la transmission de mon savoir-faire. J’organise des workshop dans mon studio , des cours auprès des écoles de photographie. Je suis actuellement sur un projet de vidéos tutoriels sur Youtube.

Qu’est-ce qu’une « bonne » photo culinaire ?

C’est une image savoureuse. Avec les smartphones, tout le monde photographie ses plats et les diffuse sur les réseaux sociaux ! Chaque photographe doit lutter pour être original. Dans les banques d’images, vous trouvez quantité de photos d’aliments libres de droit. Mais elles sont complètement standard.

Dans mon travail, je vise l’excellence de la lumière. Une bonne photo culinaire est un savant équilibre entre la lumière, la palette des couleurs et la saveur qui émane de la prise. Je préfère donner un aspect naturel à la lumière artificielle. L’éclairage pour le cinéma m’inspire beaucoup, j’utilise d’ailleurs du matériel similaire en studio. Souvent, les photographies culinaires sont trop illuminées, elles perdent de fait en nuance.

Le travail sur la lumière des peintres comme Le Caravage, Rembrandt, Vermeer, est très inspirant. Le clair-obscur est primordial. Je ne suis pas un photographe qui retouche beaucoup son travail avec des logiciels comme Photoshop ou autres.

Parlez-nous des photographes qui ont pu vous influencer.

Déjà des photographes de portraits : Irving Penn, Richard Avedon, Annie Leibovitz, un photographe brésilien Marcio Scavone. Dans un registre photo-reporter, bien entendu Henri Cartier-Bresson et j’adore Sebastião Salgado. J’aime faire des portraits de chefs. Mais je ne m’en tiens pas à leur aspect physique. Lorsque je photographie Claude Troisgros, je vais tenter de capturer son âme dans le portrait.

Le meilleur photographe culinaire est selon moi Francesco Tonelli, un ancien chef qui a son studio à New-York. C’est l’élégance même ! Il y a aussi l’américain Teri Campbell. Son studio est un véritable palace ! Il possède une pièce dédiée pour la vaisselle avec plus de 5000 pièces. C’est celui qui m’impressionne le plus dans sa démarche commerciale.

Le troisième est Stephen Hamilton. Basé à Chicago, il a fondé la revue digitale « Who’s Hungry » qui est complètement interactive. Chaque recette est accompagnée de vidéo pour montrer les conditions de prises de vue. C’est une source inestimable de connaissance et un exemple en terme de marketing.

Culinaire Nikon Alexander Landau Bresil

J’ai découvert un magazine Australien Donnay Hay, superbe. Il ont deux photographes attitrés dont le travail m’inspire beaucoup : Ben Dearnley et Chris Court. Du côté européen, je citerais le français Patrick Rougereau ainsi que le belge Tony le Duc.

Quel est l’ingrédient le plus difficile à travailler ?

L’un des plats les plus représentatifs du Brésil est la Feijoada. C’est très compliqué à rendre glamour avec la présence des haricots noirs. Plus généralement, toutes les viandes sont compliquées à photographier. Niveau dessert, le chocolat est exigeant. Difficile à manipuler, la chaleur ambiante peut le faire fondre, il va réfléchir facilement la lumière. Tous les dessert à durée de vie limitée, comme les glaces, sont très compliqués. Le temps de faire la pose et tout peut fondre.

Il existe plusieurs astuces pour pallier ce problème : rajouter du gras hydrogéné pour fixer la matière, préparer en amont deux coupes de glaces, en mettre une au congélateur, faire des tests.

Culinaire Nikon Alexander Landau Bresil

Comment photographier le liquide ? 

Les liquides sont très compliqués à capturer. Je ne suis pas expert dans la photographie « splash », avec du liquide en explosion, comme c’est de coutume pour beaucoup de boissons en publicité. Je vais plutôt travailler sur la réflexion de la lumière sur le liquide.

Comment travaillez-vous dans votre studio ? 

Essentiellement seul. Les grands studios de photographie culinaire sont de véritables écuries avec un photographe, un styliste, une personne dédiée aux objets et à la déco. Si je prends l’exemple de l’hamburger : la viande, les oignons, les tomates, la salade, le fromage, le pain… tout parait parfait, alors que pour arriver à un tel résultat, il faut forcément jouer avec le réel. Des cure-dents maintiennent le sandwich en position idéale, le travail de post-production est très important, notamment pour rendre le pain lisse de toute impureté. Mais ce genre d’organisation fonctionne dans un contexte de marketing et dans la publicité. Si l’on parle de gastronomie avec un plat réalisé par un chef, nul besoin de faire appel à un styliste culinaire, le plat dans l’assiette est déjà parfaitement dressé.

Culinaire Nikon Alexander Landau Bresil

Alexander Landau

Alexander Landau a publié sa première photo en 1997 dans le magazine référence de la gastronomie au Brésil, Gula. Il couvre depuis 20 ans le monde de la cuisine en tant que reporter pour les magazines et la publicité et a illustré plus d'une dizaine de livres édités. Il anime des workshops dans son studio de Rio de Janeiro.

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