Fermer

Mattia Bonavida, jeune photographe italien travaillant pour l’industrie du tourisme, qui faisait l’objet de la toute première « Pause Photo » sur le Mag, sublime par ses photos les montagnes et les lacs de sa région natale de Riva del Garda. Il revient sur les principes et les grandes règles de la photographie de paysage.

Comment êtes-vous venu à la photographie ? 

J’ai débuté la photo il y a quatre ans avec un smartphone, en amateur. Cela m’a tout de suite plu et j’ai décidé de passer à l’étape supérieure en économisant de l’argent pour acheter mon premier réflex : un Nikon D7000. Mon approche de la photographie était très basique, je n’ai jamais participé à un atelier ou suivi de formation : j’ai fouillé le web pour trouver des renseignements que j’allais immédiatement appliquer sur le terrain. Tout s’est fait pas à pas, en expérimentant. L’année dernière, j’ai décidé d’en faire ma profession et je travaille aujourd’hui principalement pour l’industrie du tourisme.

Quels sont les grands principes de la photographie de paysage et les principales difficultés ? 

La photographie de paysage peut paraître facile lorsque l’on débute. Mais après quelque temps de pratique, si l’on veut progresser en qualité d’image et en compétence, il faut trouver sa propre voie dans l’approche d’un paysage. Tout le monde est capable de photographier un paysage, le choix de l’emplacement et le moment de la journée sont deux principes de base. Si l’on cherche à obtenir une photo unique, originale, il faut apporter sa propre touche, une ligne directrice qui permet d’identifier toutes ses photos.

Avez-vous des modèles dans ce genre ?

La liste serait longue ! Je pense par exemple à Max Rive, un photographe hollandais qui m’a beaucoup inspiré. Son travail est incroyable, particulièrement son approche des couleurs.

Quel est votre matériel ?

J’utilise actuellement le Nikon D800E équipé d’un Nikkor 14-24mm f/2.8 ou d’un Zeiss Distagon 21mm f/2.8. Ce boitier est selon moi idéal pour photographier la nature et les paysages. La grande plage dynamique (écart entre les ombres les plus sombres et les lumières les plus fortes dans l’image) et la qualité du capteur permettent de capturer des images folles même dans les conditions les plus difficiles. J’aime aussi réaliser des portraits surréalistes avec le Nikkor 85 mm f/1.4G, un objectif magique qui possède un excellent effet de bokeh. Un trépied solide est indispensable, particulièrement pour les longues expositions. J’utilise pour ma part un modèle Manfrotto avec une rotule 3D.

Quels sont vos grands principes de composition ? 

Sur le terrain, j’essaie toujours de trouver de nouveaux spots. Pour un endroit très connu, je vais tenter d’aller chercher une perspective nouvelle pour le photographier. Utiliser la contre-plongée ou la plongée apportera toujours un plus même si l’emplacement choisi n’est pas le meilleur. Lorsqu’il pleut, je photographie en utilisant les flaques d’eau pour capturer les réflexions de l’environnement, qu’il s’agisse de bâtiments en ville ou d’éléments naturels en montagne.

Comment utiliser au mieux les lignes de fuites ?

Toutes les lignes de fuites sont de superbes outils pour améliorer vos photos. Elles permettent de traduire la sensation de profondeur. Avec un modèle à l’intérieur du cadre, il est toujours judicieux d’utiliser une ligne qui guidera directement l’oeil vers le sujet. En photographie urbaine, j’essaie d’utiliser les lignes de cette façon. Ce n’est pas forcément facile lorsque l’on débute, il faut travailler son regard, être attentif au moindre détail lorsque vous explorez un environnement.

Par rapport à la lumière, qu’allez-vous observer en premier et quels seront vos réglages ? 

Les conditions de lumière sont primordiales en photographie de paysage. Le lever et le coucher du soleil sont les deux moments idéaux. La lumière se diffuse au sol de manière diagonale, la luminosité est douce, l’image ne sera pas déséquilibrée par des ombres trop fortes ou des parties trop illuminées, cramées. En matinée, on peut utiliser un filtre de densité neutre (ND) afin de pouvoir capturer toutes les nuances de couleur, même si le ciel est déjà clair, il n’y aura aucune perte au premier plan situé à l’ombre.

Quelle est la durée moyenne d’une sortie ? 

Il n’existe aucune règle, la session peut durer quelques minutes ou s’étaler sur plusieurs heures. Tout dépend de vos envies, de l’endroit choisi et du type de prise de vue : une photo en pose longue effectuée à l’aide de filtres ND peut nécessiter entre 15 et 30 minutes d’exposition. Généralement, mes sorties durent deux heures, surtout au lever du soleil, lorsqu’il faut attendre le moment idéal.

Comment vous adaptez-vous aux conditions météorologiques ? 

Je vais souvent photographier dans les Alpes. La première chose que la montagne vous apprend est d’être toujours prêt à se mettre à couvert car les conditions changent très rapidement, orage ou pluie arrivent très vite. Une housse de pluie est intégrée à mon sac à dos et protège ainsi tout mon équipement. Je souhaiterais aussi mentionner l’existence d’un ennemi invisible pour tous les photographes : le froid.  Les prises de vue des montagnes enneigées sont fabuleuses, mais il faut toujours garder en tête que le froid peut littéralement  »bouffer » les batteries du boîtier. La seule solution est de les garder dans un endroit chaud près du corps.

Quels sont vos réglages pour photographier de nuit ? 

En photographie de paysage je règle l’ouverture de l’objectif à F8, voir même F11 pour une exposition plus longue en utilisant des filtres ND. La nuit, il est préférable d’utiliser un objectif doté d’une ouverture de 2.8 pour pouvoir capter le plus de lumière possible : pour photographier la voie lactée, la durée d’exposition ne peut pas excéder plus de 25 secondes sinon les étoiles seront floues. Dans des conditions de faible luminosité, la sensibilité doit être réglée entre 800 et 1600 ISO pour être en mesure d’obtenir un paysage sans trop de bruit numérique.

Vous utilisez souvent un sujet au centre de vos photos, pourquoi ce choix ?

Je cherche le plus souvent à inclure une présence humaine dans mon cadre dans le but de comparer l’homme avec son environnement naturel, observer l’infiniment petit et l’infiniment grand. Rajouter une personne dans un cadre confère plus de valeur à la scène. Par exemple en utilisant un modèle portant une robe rouge, vous incitez l’œil à directement regarder un point spécifique.

Comment procédez-vous pour le travail de post-production ? 

Je passe peu de temps en post-production, 30 minutes en moyenne voire moins. Tout dépend bien-sûr du type de prise de vue. J’utilise le format Raw, en particulier le  » camera raw  » qui est mon outil principal en post-production. J’essaie toujours d’anticiper lorsque je suis sur le terrain. En utilisant des filtres ND et GND, je tente de gérer au mieux le cadre afin d’éviter de devoir passer du temps en retouche.

Avez-vous une astuce à livrer à nos lecteurs ? 

Je donnerais plutôt un conseil : faites ce que vous aimez, mettez votre cœur dans toutes vos actions, laissez-vous guider par vos émotions.

Mattia Bonavida

Âgé seulement de 21 ans, ce photographe passionné aime voyager pour découvrir le monde et pratiquer du Freeriding, du VTT et d'autres sports. Il travaille actuellement pour l'industrie du tourisme.

Commentaires