Reportage de Quentin Renault, dans le cadre du Nikon Music Festival.
Des musiciens venus de tous horizons, des montagnes d’enceintes, de basses qui font vibrer les tripes, des costumes de dinosaures et de girafes, des litres et des litres de bière, ce sont quelques unes des caractéristiques des Vieilles Charrues. Composé d’enfants, d’ados, de jeunes adultes, de pères et mères de familles, de grands-parents, ce festival est une sorte d’Arche de Noé du mélomane, version cinémascope. 278 000 festivaliers prêts à faire la fête pour le meilleur et pour le pire en plein cagnard sur des dizaines d’hectares.

Le cocktail parfait pour donner du fil à retordre aux quelques 200 bénévoles de la Protection Civile qui sont étudiants, dessinateurs, retraités ou parents et passent le festival dans leur combi bleue et orange à secourir les fêtards en détresse. J’ai mon sujet, je veux suivre ces travailleurs de l’ombre, ces spectateurs de tous les excès qui sont un rouage indispensable au bon déroulement de la fête.

Je les rejoins à 15 h au pied d’une des plus grosses scènes du festival. Quelques minutes à peine pour faire les présentations et une première alerte est donnée, c’est une « personne malade ». Je monte en vitesse dans l’ambulance « Alpha » et nous partons déjà secourir la première (et pas la dernière) victime de l’alcool et de la chaleur.

Ce n’est pas le seul poste de secours, ils jalonnent tout le festival. Un des plus importants est près du camping, où se trouvent quelques 45 000 festivaliers qui peuvent bénéficier de leurs soins. Malaises dus à l’alcool, insolations et autres bobos sont soignés dans des préfabriqués exigus sous le regard vigilant des membres de la Protection Civile qui veillent à ce que le poste de secours ne manque de rien.

Un des bénévoles rassure une festivalière ayant fait quelques minutes plus tôt un malaise dans la fosse d’un concert se déroulant plus loin. Une autre équipe l’a transportée en ambulance jusqu’ici faute de place. Elle cherche également son petit ami pensant que celui-ci est resté au concert. Mais en me retournant après avoir pris cette photo, je remarque qu’il assiste à la scène d’un air inquiet, à l’extérieur de la tente sans oser entrer.

33° à l’ombre. Le chef de section de la protection civile profite d’un petit moment de répit pour arroser ses collègues avec un pistolet à eau oublié dans une de leurs ambulances par un festivalier. L’ambiance est maintenant plus détendue, des rires éclates par ci par là, mais c’est le « calme avant la tempête » me dit un des secouristes entre deux éclaboussures.

Le soir tombe doucement sur le festival. Beaucoup de festivaliers en profitent pour manger, formant des queues interminables devant les stands. Pendant que certains se rafraîchissent au pistolet à eau, d’autres préfèrent poursuivre la lecture de quelques livres entamés. Un petit moment loin des excès dont ils vont être témoins dans moins d’une heure.

Le temps de manger un plateau repas et les bénévoles repartent. Les concerts ont repris, les interventions aussi. Dans l’ambulance éclairée par le soleil couchant, un des secouristes se prépare à intervenir sur une personne blessée, apparemment tombée du haut d’une rambarde. Les interventions de ce type vont se multiplier tout au long de la soirée.

La nuit est maintenant tombée, c’est la période la plus chargée pour la Protection Civile. En m’approchant d’une des ambulances, j’entends des plaintes, des râles. Je me place au niveau des portes arrière et lorsqu’elles s’ouvrent je découvre un homme déguisé, visiblement ivre, se prenant la tête entre les mains. Son ami, un peu moins alcoolisé, tente de le soutenir, c’est peine perdue. L’homme sera transféré vers l’unité médicale située en périphérie du festival, dans un gymnase réaménagé en hôpital de campagne.

Un autre homme déboule au même moment dans la tente de secours. Il se tient le visage, visiblement blessé. Du sang coule en abondance de son nez. Trois secouristes tentent d’arrêter l’hémorragie, cela prendra plusieurs minutes. Une fois l’homme reparti, un des secouristes nettoie les tâches de sang tombées aux pieds des autres patients attendant à leur tour des soins.

Une femme accourt près du poste de secours. Son amie est trois cents mètres plus loin, en plein milieu de la foule près d’une scène où se tient un concert. Elle ne se sent pas bien et ne peut pas se déplacer. Deux des bénévoles partent alors en intervention, sacs de premiers secours sur le dos et lampe torche à la main. S’engage une course dans les méandres de la foule, sous les flashs stroboscopiques des lumières scéniques. Une fois arrivés, les secouristes relèvent doucement la personne et tentent de comprendre ses propos, visiblement incohérents sous les effets de l’alcool.

Minuit, nous sommes le 14 juillet. Les bénévoles de la Protection Civile continuent leur travail. Tout à coup, le feu d’artifice jaillit derrière les arbres, au loin. La scène est un peu surréaliste. Les bénévoles poursuivent leurs interventions, et continuent de charger des personnes inconscientes dans l’ambulance, sans se soucier du feu d’artifice ni du bruit assourdissant qu’il produit.

Les festivaliers rentrent dormir et plus aucun incident n’est à signaler. C’est une fin de journée pour les bénévoles de la Protection Civile. Leurs visages fatigués mais satisfaits se détendent alors qu’ils rangent le matériel. Près de la tente, un homme écoute son coéquipier lui raconter une blague au talkie-walkie.

Epilogue

Ce reportage aura été pour moi une véritable source d’apprentissage, photographiquement mais aussi humainement parlant. J’ai été heureux de suivre ces bénévoles et de partager avec vous ce à quoi ressemblent leurs journées. Ces personnes qui se dévouent simplement par envie d’aider les autres méritent notre reconnaissance pour le travail harassant et essentiel qu’ils font chaque jour de festival.

Récit par Quentin Renault

Quentin Renault

Étudiant en cinéma et passionné de photographie, il est également batteur depuis une quinzaine d’années. L’appel à candidature pour être reporter durant le festival des Vieilles Charrues était une aubaine pour lui ! Il a été reporter pour Nikon sur le Festival des Vieilles Charrues 2016.

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