Suite de notre entretien avec Sarah Meyssonnier, la plus jeune photographe accréditée sur le Tour de France 2015 qui nous raconte cet événement de son point de vue unique.

 Ma première vision d’Utrecht était incroyable ! Toutes les maisons, les ponts, les monuments étaient aux couleurs du Tour  de France : jaune, vert, blanc, à pois ! Dans les rues et sur les lieux de la course, des milliers de gens étaient réunis pour fêter le départ du troisième événement sportif mondial.

La Hollande, pays incontournable de la petite reine était en fête et avait déployé ses plus beaux atouts pour accueillir le Tour et ses coureurs. Des champions hollandais, comme Joop Zoetemelk étaient d’ailleurs présents.

Toute éblouie que j’étais de me trouver au coeur du Tour, je n’oubliais pas que ma première étape à moi était d’aller récupérer le précieux sésame : mon accréditation ! J’ai retrouvé Jim Fryer au sein de la salle de presse avant qu’il ne m’emmène à la rencontre des équipes, encore dans leurs bus avant le départ du prologue.

Dès le lendemain, le road trip a commencé sur les chapeaux de roues en direction des polders et de la presqu’ile de Zélande où j’ai pu réaliser la difficulté de faire de bonnes photos dans des conditions climatiques assez dantesques ! Malgré la foule, la chaleur quasi tropicale, le stress, l’anglais de Jim …. il me semblait être dans un rêve. Etre dans l’intimité de ces moments d‘avant course m’a permis de faire mes premières photos. Cette première journée d’immersion sur le Tour s’est soldée par l’extraordinaire victoire de Rohan Dennis, coureur que je suis depuis qu’il est espoir (2009).

Mon plus beau départ est clairement celui d’Anvers où la ville avait choisi de mettre en valeur la présentation des coureurs au moment du podium. Au delà de la beauté d’Anvers, tout avait été réalisé en jaune et rouge et j’ai eu plus l’impression d’assister à une « montée des marches » glamour qu’à un départ cycliste.

Pourtant cette étape a plus marqué les esprits par la terrible chute dans laquelle a été entraîné le maillot jaune Fabian Cancellara (lequel a fini l’étape avec la clavicule cassée) et où d’autres coureurs blessés, ont dû abandonner.

Les étapes belges m’ont permis d’avoir une idée des classiques ardennaises (Flèche Wallonne) et flandriennes (Paris Roubaix). D’ailleurs, j’ai eu ma première expérience en voiture de presse et donc sur la course, sur les fameux pavés du Nord. J’ai mangé la poussière du secteur pavé n°6 , découvert la citadelle de Namur et compris pourquoi on appelle ce tracé l’enfer du Nord et pourquoi les coureurs arrivent tels des gueules noires du fond des mines. Ces étapes du nord ne m’ont pas laissé de souvenirs exaltants mais j’ai profité de ces temps là pour axer mes reportages sur les coulisses du Tour et faire découvrir l’organisation du Village départ et de la caravane publicitaire.

La Bretagne m’a permis d’assister à la première victoire d’étape française, sur ce Tour Alexis Vuillermoz à l’étape du Mur de Bretagne mais ce fut aussi l’occasion pour moi de découvrir l’envers du décor des émissions de télévision, avec toute l’équipe des Rois de la Pédale (Eurosport).

Enfin, la journée de repos à Pau s’annonçait comme une pause récupératrice après cette première semaine dense et éreintante. Cependant, tout ne s’est pas passé comme prévu car je comptais juste assister à la conférence de presse de l’équipe Tinkoff-Saxo et entendre mon idole Alberto Contador parler de ses stratégies de course mais c’est l’annonce de l’abandon d’Ivan Basso qui a occupé tout le temps de la conférence. Dans cette belle ville de Pau, je suis aussi allée à l’inauguration de l’exposition « le Tour des Géants », qui rendait hommage à tous les vainqueurs du Tour depuis 1903.

Et puis ce furent les mythiques étapes pyrénéennes ! Et là, ce n’est pas rien de faire la montée 2 heures avant les coureurs et de passer au coeur des foules de supporters, massées au bord des routes, d’entendre leurs cris, leurs chansons, de voir les drapeaux, les fans avec des déguisements les plus fous et de se dire que les coureurs vont devoir fendre cette marée humaine pour progresser vers l’arrivée !

Pierre St-Martin, Cauterets, Plateau de Beille…. autant de moments d’émotions incroyables et d’images qui resteront gravés dans mon coeur et sur la pellicule…. avec une mention particulière pour le Plateau de Beille où le ciel a déversé sur nous grêlons et orages sans discontinuer !

Une de mes étapes préférées en terme de photo fut celle de Muret/Rodez où je me suis rendue compte que j’avais fait de vrais progrès pour capter l’expression et les émotions des coureurs avec toute une série de portraits, saisis sur le vif. Le boîtier Nikon D7200 m’a apporté en rapidité que ce soit au milieu de l’action ou après pour partager mes photos sur les réseaux sociaux via WIFI.

La polyvalence de 18-300mm me permettait de me concentrer sur la prise de vue qui est parfois compliquée à anticiper dans le sport, sans avoir à changer d’objectif quand je voulais faire du grand angle ou bien des portraits. La combinaison des deux m’a permis de réaliser des photos que je n’aurai jamais pensé réaliser.

Le lendemain entre Rodez et Mende, j’étais pour la seconde fois en voiture de presse, cette fois-ci avec Jim. Au delà de la beauté du tracé (viaduc de Millau…etc), j’ai perçu à quel point il était parfois compliqué de faire des photos au milieu de la foule, dans des conditions parfois aléatoires.

Gap fut la journée où je réalisais la complexité de l’organisation d’ASO (Amaury Sport Organisation) et les failles de ce système puisque moi, comme d’autres photographes et journalistes, avons eu beaucoup de mal à travailler sur l’arrivée, car les espaces accrédités ont été envahis par le flot incroyable d’invités.

La troisième et dernière semaine, avec de étapes plus extraordinaires les unes que les autres, m’a aussi permis d’assoir ma confiance en moi et de solliciter des interviews comme celles de Thomas Voeckler, de Merhawi Kudus et Tyler Farrar. Ces derniers faisant partie de l’équipe «  Arc en ciel » de MTN-Qhubeka, la première équipe africaine. Le point d’orgue de ces étapes alpines fut ma rencontre avec Alberto Contador à Modane où j’ai changé ma casquette de photographe pour celle de fan.

L’arrivée sur les Champs Elysées a été ternie pour moi, d’une part à cause du très mauvais temps mais aussi par l’organisation. En effet, il n’y a que très peu d’accès pour le grand public, chaque côté des Champs étant occupés soit par des tribunes officielles, soit par des espaces invités. Mon expérience des trois semaines m’a permis de me glisser dans la zone technique et d’avoir un angle parfait sur l’arrivée et sur la victoire d’André Greipel.

Hélas, mon âge ne m’a pas permis d’avoir accès au podium et au sacre de Chris Froome car ASO refuse la présence de mineurs  sur la ligne et devant les podiums. C’est pour cela qu’il m’a fallu faire preuve d’ingéniosité pour trouver à chaque fois une bonne place à côté de la ligne.

Un de mes rêves s’est réalisé mais j’ai réellement pris conscience à l’issue de ce Tour de France que j’avais envie que ce rêve devienne ma réalité professionnelle, dans l’avenir. Je suis rentrée chez moi, pleine d’images, de bruit, d’émotions qui resteront à jamais gravés dans mon cœur et mes photos me rappelleront toujours ce que j’ai vécu pendant ces trois semaines intenses sur le Tour de France 2015.

Sarah Meyssonnier

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