Jeune photographe professionnel, Pierre Destribats traverse le monde à la recherche de lieux rarement photographiés, découvrez dans cet article certains paysages méconnus à travers son regard et son récit.

Comment êtes-vous devenu photographe professionnel ?

Petit à petit. Ce n’était pas l’idée au départ, puis quand j’ai vu qu’avec mon master en hydrogéologie et mes deux années de vadrouille, je n’intéressais guère les employeurs, et qu’à côté de ça, la photographie devenait une passion dévorante, alors je me suis questionné quant à mon avenir. Puis j’ai commencé à partager de plus en plus mes photos sur internet, les réseaux sociaux, à exposer après mon voyage en Islande, et les demandes de photos, de tirages ou de projets ont commencé à voir le jour. Je suis alors officiellement passé en auteur photographe ; c’était il y a un an.

Quelle est votre motivation ?

C’est une bonne question, mais quoi de plus motivant que de te dire que ce que tu essaies de faire de ta passion, ton travail. Tu ne te lèves pas en te disant « allez, il est 5h, motives toi pour aller shooter ce matin.. » Au contraire, bien souvent, je suis déjà réveillé avant en passant déjà aux prochaines heures de plaisir qui vont suivre. Evidemment que je commence juste mon activité et que gagner un minimum sa vie tous les mois et loin d’être chose acquise comme tout bon salarié, mais l’envie et la passion sont là, après il faut juste foncer.

Comment préparez-vous vos voyages ?

J’ai d’abord une destination en tête, soit parce qu’elle est méconnue, soit parce que j’ai juste terriblement envie de la découvrir. Ensuite, internet est votre meilleur ami aujourd’hui, vous pouvez voir les premières images dudit endroit, essayer de récolter le maximum d’information sur le sujet. Ensuite, j’aime acheter une première carte du pays où de la région convoitée et déjà essayer de m’immerger rien qu’en la lisant : on y apprend déjà beaucoup, surtout pour du paysage, regarder la topographie des lieux, comment est orientée telle chaîne de montagne par exemple, s’il y a des points d’eau etc. Savoir également où et quand se lèvent/couchent le soleil et la lune est aussi primordial, il y a toujours un bon cliché à sortir pendant ces moments-là. La technologie d’aujourd’hui avec les applications mobiles peuvent beaucoup vous aider, mais quand vous êtes dans un endroit bien reculé, alors ça devient plus complexe.

Parlez-nous de votre premier voyage révélateur au Canada ?

Ce voyage au Canada n’était pas du tout tourné photographie, puisque c’était ma première année de master. A ce moment-là, j’aspirais sérieusement à voyager et les contrées canadiennes avaient ce quelque chose de sauvage qui m’attirait terriblement ; j’ai donc allié l’utile à l’agréable. J’ai atterri au Québec et j’ai été complètement sous le charme des lieux, des gens également, encore mieux que ce que j’avais pu lire ou voir à la TV. Je suis parti sans appareil photo et j’ai très vite décidé de m’équiper, en achetant un Nikon D60. Depuis déjà quelques années, je commençais à shooter tout et n’importe quoi, et durant cette année-là, j’ai réellement  commencé à faire de la photo de paysage, à savoir le lire, composer avec pour mieux faire ressortir ce que moi je ressentais, tel un enfant, devant l’immensité et la beauté des lieux que j’explorais. A la fin de cette année, je suis également parti en road-trip aux Etats Unis avec 3 amis, de Denver à San Francisco, et je crois que ça m’a définitivement lié à la photographie.

Pourriez-vous nous parlez d’une photo que vous affectionnez particulièrement ?

Il y en aurait plusieurs, mais j’ai un savoureux souvenir lors de mon dernier voyage en Islande avec deux amis. On cherchait une carcasse d’avion, datant de la seconde guerre mondiale, quelque part perdu au milieu d’un paysage lunaire, au sol sombre, à quelques centaines de mètres de la côte. J’avais vu de rares photo sur internet, et je m’étais dit qu’à mon tour il fallait que je trouve cet avion et en sorte un cliché. On connaissait à peu près son emplacement sur la carte. On a donc on a quitté la route principale et roulé, au milieu de rien pendant plusieurs kilomètres, scrutant l’horizon. Arrivés près de la mer, il n’y avait toujours aucune trace du trésor. On se souvint alors qu’on avait les coordonnées GPS ! « Arrivée dans 10 min » Le soleil était bientôt couché, caché par les nuages au-dessus des glaciers. On se remit en route à toute allure, regagna la route principale pour revenir un peu plus loin sur ce no man’s land. Après quelques minutes, et de faux espoirs, la carcasse apparut au loin, et avec elle l’éclaircie ! Je sortis à toute hâte de la voiture, couru vers la carcasse, essayant de composer rapidement avant que le soleil ne se couche. La photo était faite, on était heureux, et on s’offrit même le luxe de passer la nuit en première classe.

Avec quel matériel travaillez-vous ? Pour quel usage ?

Évidemment avec du Nikon ! Après l’achat du D60 en 2009, je suis reparti une seconde année au Canada en 2011 où là j’ai évolué vers le D90. J’ai gardé ce boitier 4 ans, je l’ai amené partout avec moi ! Canada, Alaska, puis Ecosse, Martinique, Islande. Bref il a connu toutes les météos, et sans être tropicalisé, il a tenu le coup. Mais il me fallait mieux, mieux pour gérer les montées en ISO, une meilleure dynamique et surtout pouvoir regarder mes images en me perdant dedans, en appréciant les détails. Partant de ce constat le D800 était tout trouvé !

Il m’impressionne toujours autant, et traiter ses photos devient un réel plaisir. Je lui ai associé le Nikkor 16-35mm, excellent grand angle avec un bon range, que j’ai notamment choisi pour le VR qui fonctionne à merveille, bien que les 36M du D800soient demandant, optiquement parlant. J’ai bien entendu choisi ce kit là pour la photographie de paysage, mais il me reste encore bien des objectifs de la marque que j’aimerais tester.

Pour finir, quels sont vos projets à venir ?

J’ai un projet en cours en France avec l’illustration d’un ouvrage sur une forêt usagère en Gironde, expérience très intéressante où j’ai passé des journées entières à explorer les recoins de cette forêt méconnue. En Australie cette année, depuis maintenant 5 mois, j’ai un projet en cours avec le magazine Landscope qui traite de l’Environnement et de la vie sauvage à travers les parcs nationaux de Western Australia.

Pour finir, je suis en train de monter un projet sur la forêt primaire en Tasmanie, une forêt millénaire avec quelques-uns des plus vieux arbres au monde. Cette forêt a été menacée à maintes reprises et près des ¾ a déjà été sauvagement déboisé pour finir en pâte à papier, bien qu’en partie protégée…Je resterai en Tasmanie jusqu’à que ce projet aboutisse.

A moyen terme, j’aimerais organiser des workshops photo à l’étranger, si encore des gens veulent bien me suivre.

Pierre Destribats

Auteur-photographe, spécialisé dans la photographie de paysage et de nature. De retour en France après avoir passé une année en Australie, dont 5 mois en Tasmanie, un fragile écrin de beauté au bout du monde que j’ai exploré sans relâche.

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