Dans le photojournalisme comme ailleurs, la valeur n’attend pas le nombre des années. A seulement 26 ans, Stephen Dock a réussi un début de carrière exemplaire, et s’est démarqué par son regard singulier et son style engagé. Révélé au public par la Bourse du Talent en 2012 pour son reportage réalisé à Alep en Syrie, il a depuis intégré l’agence VU’ et a couvert de nombreux événements et conflits, dont récemment la Centre-Afrique.

Qui êtes-vous Monsieur Dock ?

J’ai commencé la photo à 17 ans. Ou plus exactement, c’est l’âge auquel j’ai commencé à la penser de manière professionnelle. Très vite, j’ai voulu me diriger vers une photographie à caractère journalistique, plus spécifiquement encore à couvrir des terrains de conflits. Jusqu’à ce jour, mon attrait pour ces endroits demeure inchangé. En revanche, ma manière de les photographier et mes intentions ont évoluées et évolueront encore.

Tu as connu une ascension fulgurante et exemplaire. Quelles ont été les étapes décisives de ton début de carrière ?

Bien sûr, il y a eu des reportages qui m’ont donné une exposition déterminante pour mon début de carrière. Je pense en particulier à mon premier reportage en Syrie en 2012. Mais l’évolution d’un photographe ne tient pas qu’à ce qu’il publie ou expose. Il y a aussi des rencontres qui s’avèrent déterminantes pour la suite. Celles qui ont été les plus importantes pour moi, je les dois à des hasards ou des concours de circonstances… Et elles ont toutes été des moments charnières dans mon parcours.

Quelles sont les qualités nécessaires pour réussir aujourd’hui dans le journalisme photo ? Est-ce que le talent pour l’image suffit ?

Je pense qu’aujourd’hui il n’est plus suffisant d’avoir un talent pour l’image, sans pour autant le minimiser. Il s’agit de tenir un propos photographique cohérent qui se construit et s’affine au fil du temps. Je ne suis qu’au début de ma carrière et je me laisse le temps de le mûrir. L’entourage professionnel du photographe est aussi déterminant dans ses choix et participe à cette cohérence.

Travailler en agence est une vraie chance de ce point de vue-là, car on bénéficie de regards externes et aiguisés sur son propre travail. Je n’hésite pas non plus à demander l’avis de personnes de mon entourage qui ne sont pas photographes. Ces regards neufs apportent une lecture qu’il me semble important de prendre en compte également.

Selon toi, en quoi l’évolution technique du matériel photo au cours de la dernière décennie a changé l’écriture photographique ?

L’accès au numérique est un vrai bonheur si on prend en compte l’immédiateté de l’accès aux images et de leur diffusion. Professionnellement, cela a changé radicalement les choses. En même temps, le numérique et ses évolutions techniques sont plein de fausses promesses en ce sens qu’ils peuvent donner l’illusion à tout un chacun qu’il est photographe. Or l’évolution technique n’est aucunement garante de la qualité de l’écriture. Ce n’est qu’un moyen de produire qui ne se substitue pas au regard du photographe. Qu’importe qu’on travaille en numérique ou en argentique – ce qu’il m’arrive encore parfois de faire. Le choix du procédé est guidé par des critères qui ne changent rien à l’essentiel : l’œil du photographe est la seule constante de son œuvre.

Quelles qualités techniques sont déterminantes pour toi quant au choix du matériel que tu utilises ?

J’ai tendance à privilégier les boitiers légers et de petite taille comme le Df car je peux l’avoir toujours avec moi. Pour la photo dans l’action, j’utilise aussi le D4 dont j’apprécie la robustesse et la prise en main. Je pense qu’il faut juste se sentir à l’aise avec son matériel et c’est très personnel. Ma principale préoccupation reste d’avoir un boitier réactif pour ne pas manquer l’instant décisif. Je ne crois pas trop au rapport petit boitier / discrétion car à partir du moment où l’on porte un appareil à l’oeil, on est repéré comme photographe.

De quoi se compose ton fourre-tout de reporter ? Quelles sont tes optiques de prédilection ?

Je n’emporte pas grand chose dans mon sac quand je travaille. J’essaie de limiter le poids au maximum. J’affectionne le 35 et le 28 en fonction de la situation mais aussi le 20 et le 50.

Je travaille donc assez près de mes sujets, et le fait de travailler avec une focale fixe m’oblige à aller chercher l’image, à m’impliquer totalement dans mon cadrage. C’est beaucoup plus payant que d’aller chercher l’image au téléobjectif.

Peux-tu nous dire un mot sur ce que tu présenteras lors de la conférence Nikon au salon de la photo ?

Lors de la conférence je vais simplement essayer de partager mon expérience.

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