Andrew Whyte est un photographe anglais qui a su garder son regard d’enfant : passionné de ciel étoilés, de belles carrosseries et de légos (!), il nous raconte son parcours et nous dévoile les coulisses de quelques unes de ses images. Interview.

Comment et pourquoi es-tu devenu photographe ?

La photographie a été une évidence pour moi dès mon plus jeune âge. Mon père s’est toujours intéressé à la technique photographique et cela m’a donné envie de le suivre. J’ai eu mon premier appareil photo vers sept ans, il y a plus de trente ans. J’adorais autant la phase de prise de vue que la phase de tirage.

J’ai eu mon premier reflex en 1993, mon premier appareil photo numérique en 2000 et mon premier photophone en 2003. Mais ce n’est qu’en 2007 que je décide de me consacrer à la photographie plus sérieusement, quand j’ai quitté mon travail à plein temps pour m’occuper de ma jeune famille. Je voulais devenir photographe professionnel mais j’étais très naïf, pas seulement par rapport au business mais aussi par rapport à mon rôle de parent: mes jours étaient remplis par les allers/retours à l’école, Le Gruffalo et le change des couches, donc je n’avais aucun temps pendant la journée pour prendre des photos ou même développer des idées.

Une nuit j’ai installé mon appareil dans la voiture et j’ai réalisé ma première série de photos en conduisant, en capturant les trainées lumineuses pendant que je conduisais à travers la ville. En regardant les images directement sur l’écran de mon appareil,  j’ai trouvé le résultat vraiment génial, et depuis ce moment-là j’ai senti que j’avais trouvé mon créneau : la pose longue.

Ta série sur le legographer a beaucoup tourné dernièrement sur les réseaux sociaux : comment a-t-elle commencé? Le legographer, est-il un reflet de toi ?

Haha, non, le mini-personnage n’est pas vraiment un reflet de moi. 🙂 Mon travail de pose longue peut s’avérer fatigant et je sentais que je ne faisais pas assez souvent de photos. Quand j’ai trouvé l’appareil photo pour figurine LEGO®, je me suis dit qu’il ferait un bon sujet de série photo. En plus, c’est vraiment facile de le mettre en scène. Comme j’habite dans une ville entourée d’eau, il est très facile de trouver l’inspiration pour ces photos mais si jamais je suis à court d’idées, c’est alors que je pense à des choses qui me sont arrivées, comme trébucher ou faire tomber mon équipement. Il n’est pas vraiment basé sur moi, mais nous avons parfois des expériences similaires.

 Tu es moins connu pour ton travail professionnel. Quelles sont tes spécialités ?

Pour mes projets personnels, j’aime être dehors, sous les étoiles et essayer de capturer le ciel nocturne avec des repères terrestres. Il y a quelque chose de très énergisant dans un ciel plein d’étoiles, même si il n’y a personne autour de toi.

Je me suis également mis au défi d’essayer de nouvelles choses avec le lightpainting; c’est excitant de travailler sur des commandes où tu dois vraiment penser comment tu peux respecter les consignes. L’année dernière, j’ai travaillé avec une équipe sur le premier lightpainting au monde dans un grand huit  au parc d’attraction Alton Towers. Plus récemment, j’ai shooté des photos de Parkour nocturne; tu es là dans le noir et tu te rends compte que penser chaque prise de vue est aussi difficile que de rester éveillé et porter tout ton matériel.

Qu’est-ce qu’une bonne image pour toi ?

Pour moi, une photographie est une histoire visuelle. Tu as cet espace plat où tu essaies d’expliquer pas seulement ce qu’il se passe devant de toi mais aussi pourquoi tu ressens la nécessité d’en faire une image. Beaucoup de photographes racontent leurs histoires à travers les gens, mais prendre des gens en photo de nuit est plus rare parce que ça comporte une série de contraintes techniques au dépend de l’émotion, du portrait ou de la photographie de rue. Au contraire, l’élément principal de mes histoires est le temps. Ca peut être par exemple le temps qui passe avec des poses longues d’étoiles; ou le simple mouvement des voitures ou des trains. Le lightpainting est génial pour créer des images originales mais souvent le résultat dépend de ce que l’artiste ou le photographe ont le temps de réaliser pendant la pose de l’appareil. Mon matériel est 100% numérique. Pour autant, je reste très attaché à l’impression. Pour moi, une bonne image est celle qui passe aisément de l’écran au papier et continuer à attirer l’attention des gens.

Pourrais-tu choisir 3-5 images de ton travail et les expliquer en coulisse : le contexte, le matériel utilisé, l’histoire que tu voulais raconter…

It’s nearly time (Il est presque temps)

Il s’agit d’une image que j’ai créée pour une exposition collective à laquelle j’ai participé. Anglepoise², fabricant de la célèbre lampe de bureau, a aimé l’idée et m’a suivi en tant que partenaire. J’ai donc sorti une lampe énorme et j’ai donné à l’image le sentiment de révélation. La forme de la lampe est si unique que l’on peut en reconnaître la silhouette dans la fumée. Il y a beaucoup de variables quand on travaille dans des endroits où les sources lumineuses sont variées comme le clair de lune, les lampadaires ou le flash que l’on voit ici. J’ai fait de mon mieux sur place donc pour cette photo il m’a fallu une heure pour tout mettre en place. Le système Nikon CLS m’a permis de gagner du temps en me laissant contrôler mes Speedlights à l’arrière de l’appareil.

Nikon D700 et AF-S 24-70mm à 24mm. ISO200, f/5.6, 132 secondes. Un FlashSB-800 devant et derrière la lampe Anglepoise, déclenché par CLS.

 

Pure Gold (Or pur)
The Milky Way rises above Gold Hill in Shaftesbury. The town falls within Dorset's "switch off" zone for streetlighting, creating excellent conditions for stargazing.

The Milky Way rises above Gold Hill in Shaftesbury. The town falls within Dorset’s « switch off » zone for streetlighting, creating excellent conditions for stargazing.

Je regrette que la pollution lumineuse de nos villes nous prive du spectacle du ciel étoilé. Même cette rue historique du Dorset, en Angleterre, est éclairée la nuit. Mais chaque soir à 1h00 du matin, les lumières s’éteignent. Je me suis dit que les étoiles allaient briller avec éclat une fois l’obscurité revenue. En fait, il était possible de voir la voie lactée à l’œil nu, ce qui m’a aidé à composer l’image. Je crois que le but de l’astrophotographie est aussi bien de montrer aux gens ce qu’il y a au dessus de nos têtes que de créer une belle photographie. Le choix du lieu est donc fondamental pour montrer la relation entre la terre et l’espace. Avec une scène si intemporelle, cette image nous donne aussi une idée de comment nos ancêtres pouvaient voir le ciel étoilé.

Nikon D3 et AF-S 24-70mm à 24mm. ISO3200, f/2.8, 30 secondes.

One last drive (Une dernière promenade)

A côté de la photographie,  mes deux autres passions sont les voitures et les sports mécaniques. Le propriétaire de cette Ferrari avait réservé une séance photo après avoir décidé de vendre sa voiture, donc le sentiment que je voulais communiquer était l’émotion d’ouvrir la porte du garage pour en voir sortir la voiture une dernière fois.  J’ai utilisé la technique du lightpaintingpour éclairer la voiture en peignant certains détails comme le cheval cabré, emblème de la marque et le toit. J’utilise régulièrement la fonctionnalité Superposition d’image dans le menu Retouche de mes appareils Nikon pour superposer deux ou plusieurs images et m’assurer que j’ai capturé tout l’éclairage dont j’ai besoin.

Nikon D700 et AF-D 85mm. ISO200, f/14 (lightpainting). ISO200, f/1.8 (arrière-plan)

Passing through (En traversant)

Celle-ci est une composition que j’ai découverte il y a quelques années dans le cadre du prix Landscape Photographer of the Year. J’étais fasciné par la scène et l’image est restée gravée dans ma mémoire. Puis l’année dernière, en me promenant à Londres, j’ai découvert ce point de vue totalement par hasard. C’était complétement inattendu: je venais de traverser un pont avec un haut mur qui bloquait cette vue. Au bout du mur, j’ai découvert cette vue. D’habitude quand le vais à Londres,  j’emporte juste mon iPhone mais ce jour-là, j’avais la chance d’avoir mon Nikon et un pied léger. J’ai pris plus de 100 photos pour capturer les différents éclairages, les différents mouvements des trains et une gamme de nuances du ciel, mais cette image finale est composée de 5 ou 6 images seulement. Pendant que j’étais là, j’ai vu que plusieurs passants se sont arrêtés pour prendre en photo la même scène avec leurs téléphones. Cette vue était tellement forte que je crois que je me serais arrêté pour la prendre en photo même si je ne l’avais vue dans une autre photographie avant.

Nikon D700 et AF-S 24-70mm à 70mm. ISO200, f/11, 20 secondes. 

Quit smoking (Arrêter de fumer) 

Il s’agit de l’une des cinq dernières cheminées qui reste debout dans une centrale désaffectée des Midlands en Angleterre. J’ai repéré le site à des kilomètres de distance un jour où je rentrais chez moi après le travail et je me suis arrêté. Je trouvais la forme de la tour captivante avec cette lueur jaune provenant d’un lampadaire proche. Ces tours de refroidissement crachent généralement de la vapeur. Cette vue avec le contraste de la tour contre le ciel clair de la nuit montre bien que la centrale est hors service.

Nikon D3 et AF-S 24-70mm à 60mm. ISO800, f/2.8, 30 secondes.

Quel sont tes futurs projets ?

L’un des côtés les plus sympas de mon travail de commande est de devoir répondre rapidement à un brief de campagne et mettre en image la vision de quelqu’un d’autre. J’aime travailler dans l’urgence mais pouvoir planifier son travail reste un luxe.

Heureusement, j’ai un peu plus de temps pour préparer mes projets personnels. Cette année, je prépare deux séries différentes. La première concerne toujours la photo nocturne. Je suis à la recherche de nouveaux points de vue en Angleterre. Je me soucie des effets de de la pollution lumineuse sur nos points d’observations des étoiles donc j’essaie au maximum de documenter notre environnement avant qu’il ne soit trop tard. Pour mon second projet, je travaille sur une toute nouvelle approche pour photographier les gens la nuit. Je ne veux pas trop en parler pour le moment mais je vais shooter dans les semaines à venir et si le résultat est à la hauteur de mes attentes, j’en ferai un film en time-lapse qui devrait être assez cool.

Andrew Whyte

Photographe anglais qui a su garder son regard d'enfant.

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