Plongez dans l’univers atypique de cette photographe-vidéaste, à la croisée du cinéma, de l’art contemporain et de la musique.

Pouvez-vous vous présenter ? Vous vous définissez plutôt comme photographe, vidéaste ou artiste ? 

Disons que je me situe à la frontière entre plusieurs domaines. Mon travail englobe plusieurs pratiques qui vont de la réalisation de films (expérimentaux) à chef opératrice en passant par la photo et un travail sur l’image “fixe”. Ces pratiques se nourrissent les unes des autres. En résumé, quel que soit le domaine envisagé, le travail consiste à créer du dialogue et une narration entre les images, quelles que soient leurs natures.

Votre cursus est assez éclectique : musique, sciences puis cinéma. Pouvez-vous revenir dessus ? Pourquoi ces choix et comment en êtes-vous venue au cinéma ?

En effet, j’ai commencé très tôt un cursus musique étude qui reste un élément d’influence dans ma pratique d’aujourd’hui : manière de filmer, rapport au sujet, rythmique dans la mise en forme et corrélation entre les images. Même si la pratique instrumentale devient épisodique, la musique est toujours très présente et inspirante dans l’appréhension et la réalisation d’un projet.

L’aparté scientifique m’a permis de justifier d’un bac+2 pour les concours aux écoles de cinéma, en plus de l’acquisition d’un niveau en sciences suffisant pour certaines épreuves. Ma curiosité aujourd’hui serait plutôt littéraire que scientifique… le véritable objectif étant de m’engager dans la voie du cinéma dont je maitrisais finalement peu de choses. Après, le choix de l’image s’est fait assez inconsciemment je crois, sans connaissances détaillées du métier de chef opérateur, plutôt en réponse à une curiosité et à une attirance globale vers tout ce qui avait trait à l‘image dans l’art pictural, photographique, et enfin la photographie au cinéma.

Votre 1er film Song est très vite repéré et tourne beaucoup en festivals. Comment vous êtes-vous fait connaitre ?

Song est le film que j’ai réalisé à la fin de mes études à la Fémis (dans le département image). C’est un projet qui est parti du désir de chercher une forme de narration par le montage et la mise en correspondance d’images plus ou moins abstraites à partir d’un lieu fixe, une gare, et de voyages en train, sans scénario pré-établi.  Il s’agissait de questionner mon rapport à l’image suite à l’enseignement  technique reçu et tirer partie de cet enseignement dans le cadre d’une recherche beaucoup plus expérimentale sur la couleur, la texture de la pellicule et la sensation liée à la réception de ces images. Je ne vais pas parler de la question du son mais elle avait également son importance…

Suite à une projection à la cinémathèque de nos travaux de fin d’étude, une directrice photo m’a suggéré de candidater au salon d’art contemporain de Montrouge, ce que j’ai fait. J’y ai obtenu un prix et par la suite, une exposition au Palais de Tokyo avec le film Waves Become Wings tourné au Nikon 1 sur lequel je reviendrai. Puis il va circulé dans un circuit de festivals plus « classiques » aussi.

Quand j’ai eu cette opportunité d’exposition, je préparais le tournage d’un court-métrage pour Arte que je réalisais. Pendant les repérages et la recherche de jeunes comédiennes non professionnelles dans des clubs de basket féminins, j’ai beaucoup photographié et tourné lors des entrainements, en slow motion avec le Nikon 1 dont je découvrais un peu le fonctionnement. Quand j’ai dérushé ces images j’y ai perçu quelque chose de singulier, dans ce qu’elles révélaient de nouveau sur les sujets filmés, et dans la texture même des images ; quelque chose d’anachronique, d’une autre dimension.

En 2012, votre second film Waves est exposé au Palais de Tokyo : Racontez-nous la genèse et la fabrication de ce film.

Waves Become Wings est donc partie de l’envie de construire une chorégraphie à partir de ces fragments filmés, des mises en perspectives avec des représentations picturales.

 En quoi le Nikon 1 vous a-t-il aidé ?

Il me semble que seul un appareil de cette taille et de cette catégorie permet d’enregistrer des images à une cadence hyper ralentie qui m’intéresse particulièrement. Il y a évidemment un certain nombre de contraintes liées à ce mode ralenti (format, temps limité d’enregistrement) mais qui me semblent vraiment intéressantes à travailler et à exploiter. La légèreté de cet outil me permet de travailler discrètement et de manière très autonome ce qui est un critère important, dans ce registre d’images bien sur.

Comment définiriez-vous votre style ? Et votre approche ?

Il est difficile de parler de son propre style… Mon approche répond à une forme de nécessité à créer des images, à prélever, révéler ou transformer des éléments d’une réalité que ce soit par le film, la vidéo la photo ou le son. Mon approche est assez intuitive, spontanée et réactionnelle mais aussi conditionnée par des « pré-visions » ou des pistes de réflexion formelles ou narratives, voire des éléments sensoriels perçus comme la musique ou des ambiances sonores.

Récemment, vous avez aussi été chef opérateur pour le prochain long-métrage de Jacques Audiard ? Racontez-nous cette aventure.

Une belle aventure, un vrai challenge et une expérience très enrichissante. Je ne m’attendais évidemment pas à recevoir une telle proposition l’été dernier après plusieurs semaines à préparer le concours de la Villa Médicis en arts plastiques jusqu’au dernier tour que je n’ai finalement pas eu… Pour évoquer la partie tournage, je la qualifierais de recherche permanente, de partage des idées, d’un vrai processus de création collectif orchestré par Jacques Audiard.

Vous avez tourné certaines séquences avec des boîtiers Nikon ?

J’ai effectivement tourné un certain nombre d’images au Nikon 1 lors de la fête de Ganesh en amont du film en vue d’une séquence de rêve du personnage principal. Je l’ai utilisé pour les mêmes raisons évoquées plus haut et le résultat était très cohérent avec les images recherchées, « déréalisées ». J’ai également fait d’autres images en Inde pour une autre séquence de rêve et aussi beaucoup d’images pour moi…

Que retirez-vous de cette expérience ?

Cette expérience a été très stimulante et enrichissante à plusieurs niveaux, d’un point de vue intellectuel, d’un point de vue technique, et en matière de réflexion sur ma pratique à faire des images. En plus j’y ai fait de belles rencontres. J’ai aujourd’hui envie de me replonger un peu dans mes projets.

Quels sont vos prochains projets ? Comment souhaitez-vous orienter votre carrière : fiction, documentaire, art ? 

Quand je passe beaucoup de temps à m’investir sur les projets des autres, ça me donne des nouvelles envies, ça m’inspire d’une certaine manière et je ressens la nécessité impérieuse de produire mes propres images. C’est ce qui m’intéresse dans cette pratique, les allers-retours entre partage d’expériences avec d’autres et réflexion personnelle. Dans l’idéal, j’aimerais continuer à mener mes propres recherches en parallèle de collaborations. Je profite d’une période de calme pour me replonger dans ce que j’ai laissé en plan depuis quelques mois… reprendre un travail de conception autour d’un certain nombre d’images tournées à Rome, approfondir les axes de recherches formulés dans le projet que j’avais écrit pour la villa Médicis : une réflexion sur la représentation du corps et son statut, un « corps signe » mu par la ferveur ou la mystique, son mode d’expression et les conditions de sa réception, qui prolonge un travail amorcé avec le film Waves Become Wings. J’ai également tourné beaucoup d’images lors du voyage en Inde que je j’ai commencé à dérusher et autour desquelles j’aimerais construire quelque chose.

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