Interview de Yohan Terraza, un photographe inspiré par la montagne et jouant de la technique du clair-obscur, qui donne un sens profond aux images qu’il capture. Rencontre.

Peux-tu te présenter et nous expliquer pourquoi tu fais de la photo ?

Je m’appelle Yohan Terraza, j’ai 34 ans et je vis à Bordeaux. J’ai commencé la photographie assez tard puisque je n’ai acheté mon premier appareil qu’à 27 ans. Cela m’était alors apparu comme une évidence, j’allais enfin pouvoir photographier les forêts de mon enfance et la nostalgie qui s’y rattachait.

La photographie a été un moyen de sortir. J’étais guidé par l’envie de découvrir le monde. A l’époque j’exerçais le métier de graphiste qui, non seulement ne me plaisait plus, mais m’ennuyait profondément et me renvoyait à une sorte de vide passionnel… Il fallait que je sois dehors et la photo a naturellement été le meilleur des prétextes. Même si je n’avais pas l’ambition d’en faire mon métier, c’est finalement ce qui est arrivé !

Quels sont les sujets qui t’intéressent ?

D’une manière générale, j’aime le flou et le sombre et, pour faire simple, je dirais que les sujets qui m’intéressent sont ceux que je peux traiter avec naïveté. Je n’ai pas de sujet « tabou », mais disons que j’ai une affection particulière pour la montagne, les conditions climatiques et les ambiances nocturnes.

L’interprétation est le point commun de chacun de mes travaux. Même si je me suis toujours défini comme quelqu’un de créatif, j’ai finalement réalisé que je suis plus un interprète qu’un créateur, et je m’en sens d’autant plus libre. Quand j’ai travaillé avec le ballet de l’Opéra National de Bordeaux, j’entrais dans un monde bardé de préjugés et de règles définies depuis des siècles. Pour autant, j’ai interprété les coulisses, la répétition, la loge, j’ai suggéré les choses plutôt que de les livrer sur un plateau. Peut-être ai-je fais cela parce que je ne sais pas faire autrement. Mais c’est aussi parce que c’est ma manière de m’exprimer.

Est-ce que tu peux nous parler de ton dernier projet Magnum Silentium ?

J’ai commencé à collecter des photos de paysages, que ce soit dans les forêts de ma région ou à la montagne, sans au départ avoir de vrai fil conducteur. J’ai ensuite réalisé un travail sur la brume, Sylkho, qui a été exposé au festival Fest’Images en 2013 ainsi qu’à la librairie Mollat à Bordeaux. Dans ces photos j’omettais volontairement l’Homme. Je ne voulais aucune trace humaine, simplement la montagne et la brume.

Magnum Silentium, le Grand Silence, est la suite logique de ce travail. C’est un travail sur le Silence, un silence profond et paisible. Le silence où tout va bien, où l’esprit se pose et se repose, où le jugement est absent.

La montagne est la colonne vertébrale de ce travail et c’est également la première série photographique sur la nature où l’Homme apparaît. Il faut croire qu’en vieillissant, on fait un peu la paix !

Tu es récemment parti en Norvège…

C’est un projet que nous avions évoqué avec Sylvain Wiese il y a 3 ans, un des amis et photographe avec qui je pars chaque année. Nous sommes donc partis Sylvain, Benjamin Buisson (le troisième photographe de la bande) et moi-même depuis Bordeaux en voiture, afin d’être autonome, et avons passé un mois à voyager en Norvège dans la nature sauvage.

L’idée était bien entendu de partir dans les contrées sauvages, découvrir ce pays et surtout le faire découvrir tel que nous l’avons vécu. Nous avons pu profiter des plaines et plateaux de Rondane s’étalant à perte de vue, des hauts plateaux du Dovrefjell remplis de bœufs musqués, des eaux bleues et des glaciers des fjords. Nous avons eu froids, étions fatigués mais heureux. Les ciels les plus beaux se trouvent en Norvège !

Ce voyage en Norvège est une expérience que j’ai vécue dans la bonne humeur et avec des amis que je considère comme des frères. Voilà le véritable bagage que je rapporte de ce voyage, malgré les conditions difficiles que nous connaissions pourtant. Pour l’instant, ce travail est encore en cours de traitement.

Quels sont tes projets ?

Ils sont déjà nombreux ! Concernant les projets au conditionnel, j’aimerais repartir en Nouvelle-Zélande et découvrir l’Arctique. A la suite de la Norvège et du lien que nous avons tissés mes amis et moi, nous avons réfléchis à de nouvelles idées de voyages insolites. Plus que les destinations, c’est la manière d’y aller et le reportage qui en découlera qui m’intéresse.

Je travaille également avec deux autres amis photographes sur l’élaboration d’un collectif de reportage à caractère social. Les choses avancent bien et je suis ravi de cette collaboration et des ouvertures que nous avons déjà. Un projet de livre est en cours ainsi que plusieurs expositions. Je travaille également, et avec toujours autant de plaisir, en tant que photographe de mariage et je vais chercher progressivement à faire plusieurs mariages à l’étranger.

Quel matériel photo utilises-tu ?

Je travaille avec deux appareils, un D700 et un D300s, bien que ce dernier va laisser très bientôt sa place à un D810 ce qui fera de mon D700 mon deuxième boitier. Au niveau des objectifs je travaille avec un 24-70mm f/2.8, un 70-200mm f/2,8 et des focales fixes : 50mm f/1,4, 35mm f/2, 24mm f/2,8 ou encore 85mm f/1,8. J’utilise cette dernière 95% du temps lors de reportage à caractère humain comme par exemple mon travail avec le ballet de l’Opéra National de Bordeaux. Je ne suis pas un aficionado du zoom pour le reportage et préfère bouger et vivre la scène moi-même avec des focales courtes. Les zooms me servent surtout en nature où des contraintes de terrains ou de temps ne me permettraient pas de faire le cadrage souhaité.

yohan_terraza_07

YOHAN TERRAZA

"Je m'appelle Yohan Terraza, je suis photographe, j'aime mon métier qui fait mon histoire, et ma vie consiste justement à raconter des histoires. Retrouvez mon travail de photographe de paysages, de voyages et mes différents récits sur www.frenchoutdoorphotographer.com."

Commentaires