Entretien avec Brigitte Sabban-Weyers, productrice de séries télévisuelles et de films pour la télévision mais également de projets pour le cinéma.

Bonjour Brigitte, pourriez-vous nous présenter votre métier plus en détails ? 

Je suis productrice de séries télévisuelles et de films pour la télévision et je développe également des projets pour le cinéma. Je produis au sein de ma société DeLaProd ou parfois pour le compte de producteurs sur des projets coup de coeur. Je suis d’abord une chercheuse de talents, scénaristes, réalisateurs/ réalisatrices, de scénarios, de projets. Ensuite, mon travail consiste à la fois à chercher des financements pour fabriquer les projets, et à coordonner le développement artistique. Et dans un deuxième temps, au moment de la fabrication, de superviser le projet à la fois artistiquement, financièrement mais aussi en terme de faisabilité.

C’est un travail passionnant car il recouvre plusieurs domaines. Le travail d’équipe y est essentiel ; tout le monde doit travailler dans le même sens, celui du projet. C’est quelque chose que j’ai très vite compris, lorsque que les décisions sont difficiles, lorsque que beaucoup de problème viennent compliquer le processus, alors, il faut garder une seule chose en tête : le projet, celui que l’on a fantasmé, rêvé, celui sur lequel l’équipe artistique (le scénariste, le réalisateur et le producteur) s’est accordé.

En tant que productrice, quel rapport avez-vous avec le court-métrage ?

En fait, j’en produis très peu, mais j’ai souvent travaillé avec des réalisateurs après avoir vu leurs court-métrages. Par exemple, lorsqu’il a fallu mettre en place une petite équipe de réalisateurs pour la série VENUS & APOLLON, adapté du film VENUS BEAUTE, Institut, de Tonie Marshall, nous avons choisi deux des trois réalisateurs après avoir vu leurs court-métrages.  Pour le troisième réalisateur, j’avais déjà travaillé, avec lui, sur des séries (et j’avais d’ailleurs vu son premier court métrage). C’est un exercice très important pour les futurs réalisateurs ou réalisatrices, c’est une première étape d’un long processus pour pouvoir prétendre à la réalisation de projets plus importants.

Comment avez-vous connu le Nikon Film Festival ?

J’ai rencontré Serge da Silva, auteur et comédien,  et Michaël Beaufrère, auteur, comédien et réalisateur, grâce à une web série. Avec Michaël Beaufrère, nous étions en train de réfléchir à un développement de programme court, et c’est Michaël qui m’a envoyé un jour un scénario, en me parlant du festival NIKON. Il voulait tourner ce court métrage rapidement, avec Serge da Silva, et il voulait avoir mon avis sur le scénario, d’une part, et souhaitait contacter un comédien que je connaissais. Il a réaliséJE SUIS REMY dans un temps record, avec très peu de moyen, mais surtout, et pour moi c’est essentiel pour un réalisateur, en faisant « décoller le texte ». Il est important d’avoir une bonne histoire, mais une bonne histoire, sans un bon réalisateur, peut perdre beaucoup. C’est d’autant plus vrai, quand on travaille avec un budget restreint.

C’est comme cela que j’ai connu le NIKON FILM FESTIVAL. J’ai regardé la plupart des court-métrages, je regarderais les commentaires, la manière dont les personnes se sont emparées de ce festival qui a été une grande réussite. C’était amusant également de voir, les réactions des internautes, professionnels du milieu ou non, ou encore ceux qui critiquaient de manière plus ou moins constructives les courts métrages. Bref, j’attends avec beaucoup de gourmandise ce que va donner cette nouvelle édition.

Que pensez-vous du format très court de 140 secondes ?

C’est un format complexe, exigeant et donc très intéressant. Raconter une vraie histoire en 140 secondes, c’est un tour de force. Lorsqu’un réalisateur tourne un premier long métrage, on dit souvent, qu’il y a des longueurs, des erreurs de premier film. C’est parce que c’est  très difficile de trouver la quintessence de ce qu’on souhaite raconter, de s’exprimer dans un temps restreint. Dans un premier film, on a souvent envie de tout mettre, de montrer ce qu’on aime, on n’a pas envie de se frustrer. Alors, un court métrage de 140 secondes ! Mais c’est un exercice passionnant, un vrai exercice de style.

Quel regard portez-vous sur l’édition précédente ?

C’était la première édition que je regardais, auquel je participais de manière plus ou moins indirecte. La créativité, dans les histoires, dans la forme, la direction d’acteurs, tout était intéressant à regarder. La manière dont les réalisateurs répondaient ou non au cahier de charges était aussi très instructives, enrichissantes.

Quel est votre avis sur la nouvelle édition ?

Le thème JE SUIS UN CHOIX est un thème pertinent car porteur d’histoires, qui ouvre un grand champ des possibles. Je suis impatiente de voir comment chaque créateur va pouvoir s’en emparer, dans quel univers. C’est formidable qu’un réalisateur comme Michel Hazanavicius ait accepté d’être le président de cette édition. Il est un de nos grands réalisateurs de cinéma en France.

En quoi le Nikon Film Festival peut aider les jeunes réalisateurs ?

Cela leur donne une contrainte, un premier cadre, pour exprimer leur talent, pour travailler dans des conditions sûrement difficiles, mais intéressantes. Raconter une histoire en 140 secondes est un véritable challenge. Par contre, cela nécessite, théoriquement, moins de jours de tournage d’un court métrage de 10’. Cela permet de mobiliser un peu plus facilement des énergies créatrices autour de lui. Et le Nikon Film Festival donne de la visibilité. Et çà c’est très important. Il y a peu d’espaces où on peut voir des courts métrages et grâce à internet, on peut toucher tout le monde.

Quelle est la clé pour passer du court au long métrage ?

Difficile de répondre à cette question dans ces temps si tendus…  C’est souvent, un deuxième court métrage, mais c’est surtout un projet personnel sur lequel on travaille, on s’investit, et souvent pendant un temps très long. Ensuite il faut tomber sur les bonnes personnes, celles qui vont vous aider, vous porter, et qui vont devoir convaincre les partenaires de vous faire confiance. Donc,  il faut souvent pouvoir développer l’écriture de son projet de long métrage, avec d’autres projets en parallèle.

Quel conseil donneriez-vous aux jeunes réalisateurs qui souhaitent se faire repérer par un producteur ?

Faire des courts métrages personnels, ne pas essayer de faire quelque chose qui plait au plus grand nombre en pensant que cela touchera un large public. Il faut assumer ses choix, avoir des partis pris. Et c’est souvent en racontant une histoire particulière, avec une mise en scène sincère, à l’image de ce que l’on est, c’est souvent comme cela qu’on peut se faire remarquer.

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