Si la littérature a le prix Goncourt, la photographie a le Prix Niépce Gens d’images. , créé en 1955 par Albert Plécy. Le double objectif du prix est de sortir les photographes de l’anonymat et de les aider à déployer leur influence auprès du grand public au travers de la presse et de l’édition. L’équipe du Mag a eu la chance d’échanger avec la lauréate de cette année, Laurence Leblanc. Photographe française, elle s’est distinguée notamment pour son travail « Autour de L’Afrique ».

Niépce Nikon Laurence LeBlanc

Laurence Leblanc, parlez-nous de votre parcours artistique et photographique…

J’ai commencé très jeune mon parcours artistique. J’ai suivi des cours de dessin et de peinture à l’école Martenot, ainsi qu’une formation à la gravure aux Arts décoratifs du Louvre.

La photographie est liée à mon rapport au temps. Je me souviens des moments d’ennui de mon enfance essentiels à la connaissance de soi. Poser mon regard sur le monde a toujours été une nécessité. Une manière aussi de le questionner en exprimant mes émotions.

Lauréate en 2000 de la Villa Médicis Hors-Les- Murs pour mon projet au Cambodge, j’ai reçu plusieurs prix. Celui de la Fondation HSBC pour la Photographie en 2003 et le prix Niépce en 2016. J’ai également publié deux livres aux éditions Actes-Sud.

Préférez-vous que l’on parle de vous comme d’une artiste visuelle ou comme d’une photographe ?

La photographie, la vidéo, le travail autour du son, l’installation sont un acte de création. C’est une construction qui s’élabore par imprégnation du sujet et de son environnement. L’acte photographique est un tout. Il y a un avant et un après la prise de vue. L’épreuve résultant de tout acte de création est le fruit d’une élaboration minutieusement construite. Ainsi en ce qui me concerne il est peut-être plus juste de parler d’artiste visuelle.

Niépce Nikon Laurence LeBlanc

Comment appréhendez-vous l’image ?

Que ce soit dans mon travail personnel ou professionnel, je pense avoir la même attention et le même désir de ne pas aller vers la facilité ou l’évidence. J’aime le défi de la commande. C’est stimulant de réaliser dans un temps assez court des images qui pourront peut-être s’inscrire plus tard dans mon travail personnel.

Quels thèmes aimez-vous aborder ?

J’arrête le temps sur ces étapes essentielles qui jalonnent nos vies. Que se passe-t-il au fond de nous dans cette partie cachée intime invisible et mystérieuse – this focus point of ourselves – lorsque nous nous confrontons solitairement aux réalités de l’enfance, de la vieillesse et de la mort. Dans le livre « Seul l’air », j’ai interrogé ce que l’on nomme l’Afrique. J’ai essayé de montrer chaque endroit traversé de manière singulière. Ces mots de Pablo Neruda accompagnent mes images : « Non, air, ne te vends pas, que nul ne te canalise, ne te comprime, ne te mette en bouteilles ».

On dit de vous que vous êtes une photographe engagée, êtes-vous d’accord avec cela ? Est-ce important que votre travail soutienne une cause ou transmette un message humaniste ?

Il y a une histoire que j’aime beaucoup c’est celle d’Albert Camus reprenant une phrase de son père : « Un homme, ça s’empêche ». Cette phrase renvoie à la notion de responsabilité. Au quotidien nous avons le loisir ou pas de nous interroger sur notre responsabilité dans nos actions face à nous-même d’abord, puis face aux autres. Pour moi l’idée d’engagement se situe à ce point précis et n’a rien à voir avec le fait d’être artiste ou pas. Elle est liée à ce désir d’être au plus proche de soi – d’être en accord avec ses pensées, ses paroles et ses actions.

Votre travail a été salué de nombreuses fois par le grand public, les critiques. Vous avez reçu plusieurs prix dont le prestigieux Prix Niépce cette année. Quel est votre rapport à la reconnaissance ?

Je suis de nature plutôt discrète. La reconnaissance est importante et essentielle car elle donne une visibilité, elle provoque des rencontres, des dialogues. Lorsque l’on me donne la parole, je la prends avec plaisir. Cependant je ne ressens aucun stress à l’idée d’être connue ou de ne pas l’être. L’essentiel est ailleurs.

Vous travaillez à l’occasion avec des boîtiers Nikon. Pouvez-vous nous en dire un peu plus sur cette expérience, et ce que cette technologie a pu amener de différent dans vos créations ?

J’ai travaillé pendant des années avec des boîtiers argentiques moyens format où j’assumais toute la partie technique, suivant la prise de vue : développement des films, tirage de lecture, tirage d’exposition, repique. J’ai donc été très angoissée pendant plusieurs années car il me fallait tout réapprendre. Mes premières expériences avec le numérique étaient frustrantes. C’était comme si le boîtier ne « répondait » plus à mes demandes, photographier sans lumière suffisante était quasiment impossible.

C’est pour cette raison, que j’ai beaucoup aimé travailler avec les boîtiers Nikon car je n’ai plus rencontré ce problème. La taille pas trop imposante des boîtiers, le fait de pouvoir utiliser des anciens objectifs Nikon sont des atouts irremplaçables. Cette nouvelle technologie m’a permise de me sentir à l’aise aujourd’hui.

Niépce Nikon Laurence LeBlanc

Quels sont vos projets pour les mois à venir ?

Il y a deux types de projets. L’un est de trouver le temps pour continuer à travailler sur ce que j’ai réalisé en Afrique du Sud en 2015. J’ai des photographies, de la vidéo et des prises de sons que je souhaiterais associer dans un ensemble cohérent.

L’autre est de penser à tout ce que j’ai réalisé aujourd’hui et de tracer une transversale afin de montrer le lien entre toutes mes recherches et de réfléchir à la monstration la plus juste. D’une part je suis à la recherche d’une nouvelle galerie. D’autre part, suite au Prix Niépce, un nouveau partenariat existe entre Gens d’Image et la Fondation Picto. Un objet d’artiste a donc été créé en 15 exemplaires numérotés et signés. J’ai travaillé avec Laurel Parker Book (atelier de reliure sur mesure) et cet objet sera présenté à Paris Photo cette année.

Niépce Nikon Laurence LeBlanc

Laurence Leblanc

Photographe française qui s’est distinguée notamment pour son travail « Autour de L’Afrique ». Lauréate du dernier Prix Niépce Gens d’images

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