Entretien avec Iris Della Roca, jeune photographe qui nous offre un autre regard sur la favela avec l’enfance dans l’objectif. De Rio à Clichy-sous-Bois, Iris Della Roca a demandé à des enfants de 6 à 15 ans comment ils aimeraient être vus. Résultat : des rois, princesses, stars de cinéma ou patrons miniatures, étonnants de sincérité et de fantaisie.

Pour commencer, pourriez-vous vous présenter ?

Je suis photographe, j’ai 29 ans et j’ai une formation d’histoire et sciences politique. Je suis éducatrice de formation, j’aime beaucoup travailler avec les enfants. J’ai travaillé comme éducatrice en centre de loisirs ce qui m’a permis d’avoir un diplôme d’éducateur. J’ai travaillé pendant mes stages dans le milieu carcéral pour adolescents, avec des adolescents  handicapés, avec des enfants dans les banlieues et aussi dans le milieu associatif en parallèle.

J’ai toujours trouvé le contact avec les enfants intéressant parce que les enfants et adolescents sont des identités en construction. Je me suis rendu compte il n’y a pas longtemps que c’était très lié à mon histoire parce que je fais les choses de façon un peu intuitive et c’est vrai tous mes travaux ont toujours porté sur cette construction de l’identité. Un jour, je me suis demandé : qu’est-ce que ça raconte sur moi ? Je me définis comme une artiste photographe, je ne me considère pas comme une photojournaliste parce que j’aime suivre des projets  sur la durée qui ne sont pas forcément liés à l’actualité. Ce sont des sujets qui me touchent, je travaille souvent sur la mise en scène, j’interagis avec les gens que je photographie.

Comment avez-vous commencé la photo ?

Je fais de la photo depuis que mon beau père m’a légué son Nikon FM2, quand j’étais adolescente. Puis j’ai fait une formation photo au centre Iris où j’ai appris l’argentique et le laboratoire.

Comment êtes-vous arrivée à Rio ?

J’habite dans la favela de Vidigal à Rio. Je m’y suis installée après avoir vécu chez une amie dans le quartier de Leblon. C’est une petite favela à taille humaine qui est en train de changer avec l’arrivée des classes moyennes dans la Zona Sul de Rio (zone sud) avec vue grand écran sur l’océan. Vidigal, c’est un peu la vie de village, je ne me verrais pas vivre ailleurs.

Quand je suis arrivée, j’ai commencé par assister des photographes de mode. J’ai  aussi cherché des associations pour travailler avec des enfants et j’ai rencontré l’association « Troque une arme pour un pinceau » (Rocinha Mundo do Arte), géré par un artiste et ancien maire de Rocinha. L’association a été créée pour occuper les enfants de la rue car au Brésil l’école ne dure qu’une demi-journée par jour.

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Parlez-nous de votre projet « Puisque le roi n’est pas humble » ?

Au contact des enfants, je me suis rendu-compte qu’ils avaient un problème identitaire. Un jour, j’ai emmené les enfants visiter un musée d’art à Rio et je les ai vu débarquer tout apprêtés, cheveux gominés, petite chemise fermée, parfumés etc… Au Brésil l’apparence compte beaucoup et ces enfants n’ont pas envie d’être résumés à leur lieu de vie. Du coup, j’ai eu le déclic pour ma série « Puisque le roi n’est pas humble, que l’humble soit roi ». Je leur ai demandé comment ils voulaient être vus par les autres, qu’est-ce qu’ils voulaient faire comme métier, que était leur rêve, en somme. Comme j’avais des enfants de 5 à 15 ans, ils se voyaient en tops modèles, actrices, footballers. Avec une amie, nous les avons habillés et pris en photo dans leur lieu de vie. J’ai suivi ce projet de 2009 à 2013.

Ce projet sera exposé à Paris à partir du 25 juin au 68, rue de Babylone dans le 7ème.

J’ai aussi dupliqué cette démarche en région parisienne avec des enfants la Cité de la Forestière à Clichy et ce qui est amusant c’est que j’ai eu les mêmes demandes ! C’est l‘universalité de l’enfant.

En retournant à Rio, j’ai développé un autre projet sur les enfants des rues. Ce sujet est un peu brut de décoffrage, c’est sûr. Mais ma volonté est de témoigner de leur réalité. Ces enfants ont un processus de vie accéléré (certaines sont mères dès 16 ans). Ils ont un recul et une force de vie incroyable.

Arrivez-vous à vivre de la photo ?

Quand je suis à Paris, je suis intermittente et je travaille dans des studios, donc je vis correctement. Etre photographe c’est dur, mais c’est ma passion. J’essaie de transmettre la poésie du quotidien dans mes photos.

Des photographes que vous aimez ?

Alex Webb, Salgado et Viviane Sassen, il y a beaucoup de beauté dans leur regard.

 Pour finir, pouvez-vous nous dire quel matériel vous utilisez ?

J’utilise toujours mon Nikon FM2 et ses optiques fixes 24mm, 50mm et 120mm. Je suis passée au digital avec le Nikon D200 mais aujourd’hui j’aimerais passer au plein format avec le Nikon D810 ou D610.

Le site d’Iris Della Rocca:

www.irisdellaroca.4ormat.com

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