Changer de vie à 31 ans pour devenir photographe, c’est possible. Nicolas Brunet a tenté l’expérience et commence à laisser son empreinte dans le milieu du photojournalisme. Découverte.

Route coupée par les eaux entre Yagoua et Vélé. Les voitures ne peuvent pas passer. Les vélos et motos peuvent maintenant passées mais au pique des inondations, on ne pouvait se déplacer qu'en pirogue. Cameroun.
Bonjour Nicolas, qui es-tu?

Bonjour ! J’ai 31 ans, je suis arrivé à la photo par la musique. Amateur de bons sons, je me suis dit pourquoi pas mêler photo et concerts. A l’époque, la Flèche d’Or était encore gratuite et je me rappelle y aller tous les soirs pour faire des photos. J’ai alors rejoins des webzines (et continue d’ailleurs toujours de bosser pourDiscordance !). Ensuite, j’ai commencé à me diriger de plus en plus vers le reportage. Et cette année j’ai rejoint l’agence Andia Presse qui représente pas mal de mes travaux. Je ne délaisse pas la photographie de concerts pour autant et continue d’arpenter salles et festivals.

Peux tu nous parler de ton projet sur le Cameroun ? Pourquoi as-tu voulu couvrir ce problème en particulier ?

Pour ce reportage, c’est plutôt le Cameroun qui est venu à moi dans le sens où c’est une ONG qui m’a demandé de partir là bas. L’ONG, Care, est très présente au Cameroun et se préoccupe de nombreux sujets graves : les inondations principalement mais aussi des problèmes sanitaires comme le choléra, le VIH, etc.

Pour moi, c’était l’occasion d’effectuer mon premier reportage à l’international. Quand je suis arrivé au Cameroun, dans l’extrême Nord (la région la plus touchée), l’eau s’était déjà bien retirée. Et on pouvait voir les conséquences : destructions des habitations, relogement des habitants dans des camps, problème sanitaire, destruction des champs…

L’autre sujet que je voulais absolument aborder était l’homosexualité. Dans ce pays, c’est un crime, puni par la loi. C’était assez compliqué de faire des photos mais le sujet est important.

Quelles sont les difficultés que tu as rencontrées sur place ?

Le principal problème se situait à Yaoundé. Il était assez compliqué de sortir son appareil photo, on sentait une grosse pression. La population est assez tendue, ils ont peur de renvoyer une mauvaise image du Cameroun. Heureusement, j’étais toujours été bien encadré par des membres de l’ONG qui faisait le lien entre la population et moi. On prenait toujours le temps d’expliquer notre présence, pourquoi on était là. Ensuite, on commençait les photos.

Dans le nord ou l’extrême nord du pays, on ne ressentait plus du tout cette tension. C’était plus simple de travailler.

Un peu de technique : quel matériel utilises-tu ?

Je possède un Nikon D4, un 24-70 f/2.8 et un 70-200 f/2.8. Ces deux objectifs sont le couple parfait en concerts. En reportage, le 24-70 ne quitte pratiquement jamais le boîtier. Un second boîtier me faciliterait la vie. Le D600 me fait du pied mais il n’est pas encore prévu au budget.

Camp de réfugiés de Dana, dans l'extrême nord du Cameroun.
Tu as récemment décidé de te concentrer sur ton activité photographique ? Quel a été le déclic ?

Je pense être à une période charnière de ma vie. A 31 ans, à un moment où mon métier « alimentaire » me lassait, où j’en avais marre de jongler entre deux métiers, je me suis dit que c’était maintenant ou jamais. Je suis quelqu’un de réfléchi, j’ai bien conscience qu’il sera très difficile de vivre de la photo mais si je ne le tentais pas maintenant je l’aurais toute ma vie regretté.

Le Coin Coin Club, c’est quoi ?

Le CCC c’est mon bébé ! Qui commence a bien grandir. Tout est parti un été 2010 à Rock en Seine. Je voulais me différencier de la masse des photographes de concerts en mettant un canard en plastique autour de mon pass photo. Ça a fait rire les organisateurs et on m’a vite appelé « Monsieur Canard ».

Et puis, j’ai vu le film « Bang Bang Club » de Steven Silver qui relatait l’histoire vraie de quatre photographes (Kevin Carter, Greg Marinovich, Ken Oosterbroek et João Silva) qui ont couvert l’apartheid en Afrique du Sud au début des années 90.  Je me suis dit que c’était un peu la classe d’avoir ce genre de « club ». Pour le délire, j’ai eu envie de le créer. J’ai invité Olivier Hoffschir à me rejoindre.
En Janvier 2012, l’association était créée. Elle possède 2 branches : une branche « live » pour la musique de concerts et surtout la branche « reportage ». C’est cette dernière qu’on s’efforce de développer au maximum.

Des enfants jouent à proximité des bennes à ordure. Le Benoué retiré, la terre est encore gorgée d'eau à proximité des habitations. L'eau a charriée énormément de détritus et augmente l'insalubrité des lieu. Souari, Garoua, 1er arrondissement, Cameroun.
Des projets pour les prochains mois ?

Le premier gros reportage pour le CCC arrive en Janvier/Février prochain. Nous partons en Inde couvrir le plus grand pèlerinage  au monde. Un évènement qui n’a lieu qu’une fois tous les douze ans ! On est entrain de tout caler et cherchons encore des sponsors pour nous aider sur ce reportage.

Retrouvez le travail de Nicolas Brunet sur : http://www.nicolasbrunet.fr/

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