La saison des festivals commence et vous souhaiteriez être fins prêts pour réaliser de superbes clichés de vos artistes préférés ? Avec l’aide d’Hervé Le Gall, spécialiste de la photo de scène, photographe officiel des Vieilles Charrues et utilisateur Nikon depuis plusieurs années, nous avons fait le point sur les 10 conseils de pro qui devraient vous permettre d’assurer lors de vos prochains concerts.

Légende : 01-feu-chatterton-vieilles-charrues-2015-par-herve-le-gall Nikon D4s, Nikkor 70-200mm f/2.8 VRII.

Toute la difficulté de la photographie de concert réside en deux points : la lumière varie ou se fait rare, et le sujet est souvent en mouvement ! Sans oublier un angle de vue pas toujours optimal et un placement dans la salle parfois aléatoire et contraint. Découvrez ici quelques conseils mais surtout faites-vous plaisir !

1- Bien choisir son reflex

Pour commencer, la première question qui s’impose est bien évidemment quel matériel choisir. Petit topo des gammes intéressantes pour la photo de concert.

La gamme « Full frame / plein format » calquée sur le format argentique en 24/36 mm, elle est désignée sous le sigle FX. Elle permet de couvrir tout le champ de vision et offre une grande qualité de photo avec une précision sans égale. Vous allez pérenniser votre investissement en terme d’optiques et vous aurez de très belles images.

La gamme APS-C désignée sous le sigle DX, dispose d’un capteur 1,5 fois plus petit que le plein format. Il n’en reste pas moins qu’un objectif 100mm monté sur un DX se comportera comme un 150mm. Intéressant non ?

Le facteur clé de votre choix restant la réponse à cette question : quels sont vos objectifs ?

Pourquoi préférer Nikon plutôt qu’un autre constructeur ?
La grande problématique en photo de concert est la mise au point et la gestion des basses lumières. Du point de vue d’Hervé Le Gall, Nikon a acquis une grande maîtrise par rapport à ses concurrents. Après 6 années d’expérience en Nikon, il reste toujours bluffé par la qualité de l’autofocus. La capacité de mise au point rapide dans des conditions de lumières difficiles est vraiment impressionnante. C’est la raison principale de sa fidélité à Nikon : la netteté est essentielle.

Andy Warhol disait : « une bonne photo est une photo nette ». Cela reste la base pour notre photographe !

Légende : 02-david-guetta-vieilles-charrues-2015-par-herve-le-gall Nikon D4s, Nikkor 70-200mm f/2.8 VRII. Le dernier concert des Vieilles Charrues en 2015, une mise en lumières dantesque, un show comme Guetta sait en faire. Tous les photographes sont présents. Je suis au bout de l'avant-scène, pile au milieu, avec Guetta en ligne de mire. Et il pleut.

2- Savoir choisir son optique. Focale fixe ou focale variable ?

Fixe : 25, 35, 135 ou variable ? Gardez ce point à l’esprit : c’est par l’optique que passe la lumière ! Aussi, si un choix budgétaire s’impose à vous, préférez miser sur l’optique que sur le boitier. Notez également que choisir l’optique du fabriquant est plus sûre, la maîtrise du fabricant est meilleure. Hervé Le Gall a fait le choix de ne travailler qu’avec des optiques Nikkor.

Ensuite, dans les conditions d’un concert, la focale fixe va vous demander un déplacement pour changer de cadrage, quand la focale variable vous permettra de multiplier les possibilités de plans : champ large, portrait, vue du public. En un seul objectif, nous avons plusieurs focales !

Légende : 03-hommage-aux-victimes-du-bataclan-2015-par-herve-le-gall Nikon D4s, Nikkor 24-70mm f/2.8 VR. Dimanche 15 novembre 2015, deux jours après les attentats au Bataclan. Les musiciens de No One is innocent, Darcy et Ultra Bullitt sont sur scène. François (guitariste de No One) lit un poème qu'il a écrit. Une bonne partie du public du Vauban a les larmes aux yeux.

3- Bien choisir son mode de travail : du mode manuel au mode semi-automatique

La question la plus fréquemment posée ! Et pour cause, le mode de travail vous permettra de gagner un temps considérable. Pour les débutants ou pour ceux qui ne maîtrisent pas tous les paramètres de l’appareil : il est important de donner la priorité à la composition. Il vaut mieux une jolie photo en automatique qu’une photo moyenne en mode manuel.

En revanche les variations de lumière peuvent compliquer le mode automatique. Si vous n’êtes pas sûrs de vous, utilisez le mode « priorité vitesse » : l’appareil va adapter la largeur du diaphragme à la vitesse choisie. Si vous choisissez une vitesse élevée vous éviterez ainsi la photo floue.

Dans tous les cas, ne surtout pas se décourager, une bonne photo de concert est possible quelque soit le mode. Dans un premier temps faites confiance à votre appareil et prenez soin de la composition. Il faut que cette dernière vous plaise. Prendre du plaisir est très important !

Légende : 07-christine-and-the-queens-vieilles-charrues-2014-par-herve-le-gall Nikon D4s, Nikkor 70-200mm f/2.8 VRII. Christine and the Queens, c'est d'abord une posture, une attitude scénique hors cadre. J'ai essayé de traduire cette attitude en image.

4- Bien choisir son mode de mesure

Le mode de mesure d’exposition est la zone sur laquelle le reflex va analyser la lumière. Ainsi lorsque le chanteur est dans la lumière et la scène dans l’ombre, la mesure de lumière faite sur le visage du chanteur sera différente de celle faite sur celui du musicien derrière. Au moment de la photo, l’appareil devra décider où se fait le mode de mesure. Il n’y a pas de mode de mesure universel, chaque cas de figure est un cas particulier.

3 modes de mesure peuvent être choisis selon la configuration de la salle et le résultat que l’on souhaite :

  • Mode spot : limité à une zone très réduite, il va restituer une lumière faite sur un point très précis. Intéressant pour faire un focus sur un visage par exemple.
  • Mode pondéré central : il mesure la quantité de la lumière dans le cadre avec une importance sur le centre du cadre. Intéressant lorsque le sujet principal de la photo se trouve au centre et dans la lumière.
  • Mode matriciel : l’appareil fait une moyenne sur l’ensemble du cadre (de la scène) pour apporter la meilleure réponse au sujet photographié en terme de sensibilité et de mode de prise de vue. Très utile en cas d’exposition particulière.

Il vous revient de faire le bon choix en temps voulu.

Légende : 11-lisa-kekaula-2014-vauban-par-herve-le-gall / Nikon D3s, Nikkor 24-120mm f/4 VR. Un stage portrait de Lisa Kekaula, réalisé avec D3s et l'excellent Nikkor 24-120mm, une optique au range ultra polyvalent. Le rendu et le contraste obtenus avec cette optique confirment ses qualités.

5- Bien choisir son mode AF (autofocus)

Le mode autofocus, c’est la zone de mise au point. La qualité du système Nikon s’exprime ici grâce à sa rapidité et sa capacité à la faire en lumière faible. La mise au point peut être analysée sur un seul collimateur (petit carré) ou par un ensemble de collimateurs. Parmi les modes d’autofocus, le mode AF-C est le plus intéressant en concert. En effet, il permet de suivre de manière dynamique le sujet qui se déplace.

SBTRKT aux Vieilles Charrues 2015 par Hervé Le Gall

6- Bien choisir sa sensibilité (mode iso automatique)

Moins il y a de lumière, plus le choix de la sensibilité sera important. Cependant, plus l’ISO est important plus la qualité de l’image se dégrade. Avec Nikon, la montée en ISO n’occasionne pas de baisse de qualité. Pour l’anecdote, avec un D5, on obtient une sensibilité de 3M d’ISO, quand en argentique on atteignait au maximum 3200 ISO.

Aujourd’hui sur un boitier lambda on peut faire du 3200 ou 6400 avec une qualité d’image très convenable. Avec le Nikon D5  il est possible de monter très haut avec une belle qualité d’image.

Le mode ISO automatique permet d’évaluer le mode ISO adéquat pour un débutant. Il faut néanmoins fixer une limite : une fourchette entre un ISO minimum et un ISO maximum. L’appareil va choisir la sensibilité en tapant dans cette fourchette en fonction de ce qui semble correct à l’appareil. Avec ce mode, il est possible d’oublier la gestion des ISO pour se concentrer sur la composition.

Légende : 10-patrice-fete-du-bruit-2013-par-herve-le-gall Nikon D3s, Nikkor 70-200mm f/2.8 VRII. J'aime beaucoup ce cliché de Patrice, réalisé à la fête du Bruit de Landerneau avec Nikon D3s qui a été pendant des années mon reflex de prédilection, avant que je ne passe à D4s. Contraste, point de netteté parfait, équilibre des couleurs. Pouvoir compter sur son reflex, pour un photographe, c'est vital.

7- Où se placer, jardin ou cour ?

Quel type de clichés souhaitez-vous ? Gros plan de chanteurs ou photo d’ambiance ? En suivant ce questionnement vous choisirez de vous positionner dans la fosse pour le « close-up » ou dans les gradins pour l’ambiance. Côté jardin (à gauche face à la scène) ou côté cour (à droite), sont des choix essentiels pour vos compositions.

Définir l’angle de vue est important : veut-on le profil d’un artiste ? Veut-on les photos de la scène globale ? Pour répondre à ces questions, l’important pour vous est d’avoir un dessin dans votre tête de ce que vous souhaitez rendre.

Hamid Drake Vauban par Hervé Le Gall (2015)

8- Savoir adapter son mode de déclenchement

Si vous photographiez du jazz ou de la danse et que l’on entend le déclenchement de chacun de vos clichés, vous risquez de vous faire sortir de la salle avant votre 3ème photo ! Le respect du silence est primordial ! Pour cela, le mode « Q » comme « Quiet » vous permet de faire un demi-déclenchement plus soft. Il n’en reste pas moins qu’il faudra aussi apprendre à déclencher vos prises de vue lors des montées sonores.

Légende : 06-rammstein-vieilles-charrues-2013-par-herve-le-gall Nikon D4s, Nikkor 300mm f/2.8 VRII, TC20EIII. Un concert d'anthologie, gravé dans la mémoire des Vieilles Charrues. Des décors gigantesques, une scénographie époustouflante et dans le viseur de Nikon D4s des images hallucinantes.

9- Mode rafale ou pas ?

Le mode rafale est très utilisé dans les fosses. L’une des raisons principales de l’utilisation du mode rafale réside dans cette règle de la photo de concert « les 3 premiers titres sans flash » édicté par les artistes et leurs agents pour réglementer la couverture des représentations.

Dans un contexte amateur, ce mode s’utilise en fonction du rendu souhaité et de la représentation à laquelle vous assistez. Hervé Le Gall n’utilise pas de mode rafale en jazz ou en danse. En revanche c’est un mode très pratique en festival, notamment pendant les Vieilles Charrues. Attention à nouveau au bruit du mode rafale qui pourrait rompre l’harmonie.

Légende : 05-arctic-monkeys-vieilles-charrues-2014-par-herve-le-gall Nikon D4s, Nikkor 300mm f/2.8 VRII, TC20EIII. Un de mes clichés préférés, toutes éditions des Vieilles Charrues confondues. Alex Turner, chanteur des Arctic Monkeys, shooté à 600mm.

10- Pourquoi travailler en RAW et en JPEG ?

Il existe un format en photo numérique qu’on appelle le format RAW ou brut. Le photographe peut travailler uniquement en RAW ou en JPEG, ou peut choisir les 2.

Le RAW est un fichier qui n’est pas directement une photo, il a besoin d’être interprété. Il intègre toutes les conditions dans lesquelles il a été réalisé. Avec un logiciel post-prod il est possible de revenir sur un certain nombre de réglages. Attention si la photo est floue : pas de retour possible ! Pour tout le reste, c’est une machine à voyager dans le temps !

Le format JPEG est une image finie, une prévisualisation directe du fichier. L’idéal est donc d’avoir les deux : la prévisualisation et la machine à remonter le temps.

30 Seconds to Mars aux Vieilles Charrues 2014 par Hervé Le Gall

Conclusion

Nous vous l’indiquions en préambule, la seule règle en photo est qu’il n’y a aucune règle si ce n’est celle de vous faire plaisir. Il n’y a rien de plus gratifiant que d’être devant sa photo et de revivre l’émotion une fois l’événement terminé. C’est la quintessence de la photo de live. Vous raterez surement quelques clichés mais nous avons bon espoir que vous rameniez au moins une photo qui vous plaira.

C’est ce plaisir de faire des photos qu’Hervé a retrouvé grâce au Nikon D4s. Une sensation de communion avec l’appareil que vont découvrir les reporters photo amateurs du Nikon Music Festival et que nous vous souhaitons également !

Merci à Hervé Le Gall pour son partage d’expérience.

Hervé Le Gall

Hervé Le Gall

Spécialiste de la photo de scène, photographe officiel des Vieilles Charrues et utilisateur Nikon depuis plusieurs années.

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